Psychologie

Assuétudes : les femmes et minorités de genre toujours invisibilisées dans les dispositifs de soins

Pensés historiquement pour des hommes consommateurs, les dispositifs d’aide aux personnes souffrant d’addictions peinent encore à intégrer les réalités spécifiques des femmes et des minorités de genre, constate l'asbl Prospective Jeunesse, centre d'études dédié aux assuétudes. Entre stéréotypes persistants, stigmatisation et besoins insuffisamment pris en compte, les inégalités d’accès aux soins restent criantes.

La Rédaction - 22 avril 2026

Les personnes souffrant de troubles liés à l’usage de substances continuent de se heurter à des obstacles majeurs pour accéder aux soins. En cause : des stéréotypes tenaces et une stigmatisation, souvent intériorisée, qui freinent les démarches de prise en charge. Mais cette réalité frappe encore plus durement les femmes et les minorités de genre, largement sous-représentées dans les structures d’accueil.

Subsistance d'un biais structurel

Ces constats sont notamment mis en lumière par l’asbl Prospective Jeunesse, centre d’étude et de formation actif depuis 1978 dans la prévention des assuétudes. L’organisation travaille à prévenir les usages problématiques de substances psychoactives et les conduites addictives, dans une optique de promotion de la santé. Elle développe des actions d’information et de sensibilisation, forme les professionnels de terrain et propose également un accompagnement psychologique, individuel ou parental.

Un biais structurel persiste. Pendant des décennies, les politiques de santé et les dispositifs d’aide ont été conçus autour d’un modèle implicite : celui de l’homme consommateur. Résultat : des services peu adaptés aux besoins spécifiques d’autres publics, et une invisibilisation de certaines problématiques.

Représentations sociales de la femme "mère de famille"

Les représentations sociales jouent un rôle central. « Il y a l’idée qu’une femme doit prendre soin d’elle, de son foyer, de sa famille. Parler de consommation est plus difficile pour elle, surtout en cas de trouble avéré », explique Sophie Godenne, coordinatrice de terrain à l’asbl Alias et ancienne responsable de l’Espace Femmes de l’asbl Dune. Lorsqu’elles franchissent le pas, ces femmes se heurtent encore à des jugements moraux et à des comportements stigmatisants.

Les chiffres illustrent cette réalité. En 2022, une étude révélait que près d’un étudiant en médecine sur cinq (19,2 %) se disait favorable à sanctionner les femmes enceintes consommant de l’alcool, et 15,1 % en cas d’usage de drogues illicites. Des positions qui témoignent d’une persistance des biais, y compris chez les futurs professionnels de santé.

Dans les milieux liés au trafic ou à l’usage-revente, les stéréotypes ne disparaissent pas, bien au contraire. Les femmes y sont souvent perçues comme naïves, non violentes, voire sexualisées. Une perception qui contribue à leur invisibilité dans les politiques publiques et à une sous-estimation de leur exposition aux risques.

Or, leurs besoins sont spécifiques et multiples : violences sexuelles et intrafamiliales, santé sexuelle et reproductive, maternité, troubles psychiques. Autant de dimensions encore insuffisamment intégrées dans les dispositifs classiques.

Face à ce constat, des initiatives émergent. Dans certaines structures d’accueil pour publics précarisés, dans la salle de consommation LINKup, en milieu festif ou encore en prison, des approches plus sensibles au genre se développent. L’objectif : adapter les pratiques aux réalités vécues par ces publics, et améliorer leur accès aux soins.

Repenser les politiques publiques

Ces expériences de terrain, relayées notamment par Prospective Jeunesse, nourrissent aujourd’hui une série de recommandations. Parmi celles-ci : renforcer le travail en réseau avec le monde académique, mieux intégrer la parole des personnes concernées, former les professionnels et les décideurs aux enjeux croisés du genre et des assuétudes, et repenser en profondeur les politiques publiques.

« La première recommandation, c’est d’arrêter de mettre les gens en prison » - Melissa Laurent, asbl I.Care

La question de la pénalisation reste centrale. « La première recommandation, c’est d’arrêter de mettre les gens en prison », insiste Melissa Laurent, de l’asbl I.Care, engagée dans l’amélioration de la prise en charge des personnes détenues. Une position qui relance le débat sur la décriminalisation de l’usage de substances psychoactives, régulièrement évoquée comme levier pour améliorer l’accès aux soins.

Au-delà des dispositifs, c’est toute une culture qu’il s’agit de faire évoluer. Car tant que les stéréotypes persisteront, une partie des usagers restera à l’écart des soins. Et avec elle, une réalité sanitaire que les politiques publiques ne peuvent plus se permettre d’ignorer.

L’asbl Prospective Jeunesse, en bref

Prospective Jeunesse est un centre d’étude et de formation actif dans le domaine de la prévention des assuétudes depuis 1978. Notre mission première est de prévenir les situations problématiques en lien avec les usages de drogues (psychotropes) et les conduites addictives (écrans, jeux, etc.) dans une optique de promotion de la santé. Pour cela, nous développons plusieurs services :

L’information et la sensibilisation aux questions liées aux usages de drogues et aux politiques et pratiques sociales en la matière.
La formation et l’accompagnement de professionnels en vue de la mise en place de programmes de prévention dans une optique de santé et de bien-être.
Les consultations avec notre équipe de psychologues proposant des accompagnements psychologiques individuels et des séances de guidance parentale.

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