Maladie en mer : comment gérér les flambées épidémiques sur les bateaux de croisière (opinion)
Il y a quelque temps, à la suite du décès de l’acteur Gene Hackman et de son épouse, j’avais écrit un article sur l’hantavirus. Celui-ci revient aujourd’hui dans les médias, puisqu’une contamination à bord d’un bateau de croisière aurait déjà fait trois morts.
Rats (Pearl Jam, 1993)
Pour ceux qui souhaitent en savoir davantage, je renvoie à mon article de synthèse sur les hantavirus, qui reste largement d’actualité (Van Hooste & Vaerewijck, TVG, 2002; DOI: 10.2143/TVG.58.2.5001235).
En Amérique du Nord et du Sud, les sérotypes sont liés au grave syndrome pulmonaire à hantavirus, ou Hantavirus Pulmonary Syndrome (HPS). La mortalité liée à l’atteinte respiratoire est élevée, autour de 50%.
Même si la plupart des croisières se déroulent sans problème, les flambées montrent à quelle vitesse les infections peuvent se propager dans des conditions idéales - ce qui en fait d’ailleurs des modèles pour les épidémiologistes.
Virus anciens et nouveaux
La plupart du temps, il s’agit de virus: norovirus, virus influenza, Covid-19/SARS-CoV-2, hépatites A et E, virus de la varicelle et virus de la rubéole (Cramer et al., J Travel Med, 2012; Kak, Microbiol Spectrum, 2015; Brewster et al., Toxicol Ind Health, 2020). Mais de “nouveaux” intrus apparaissent aussi à l’horizon: virus Zika, virus mpox et virus Ebola (Anagnostopoulos et al., Trop Med Health, 2025).
Jamais auparavant une zoonose n’avait été rapportée comme cause d’une flambée épidémique sur un bateau de croisière, à l’exception d’un cas de seal finger lors d’un voyage en Antarctique (Minooee & Rickman, Clin Infect Dis, 1999).
Les bateaux de croisière constituent une part importante du secteur touristique, avec une croissance annuelle de 7%. Chaque année, environ 30 millions de passagers embarquent dans le monde (Mosleh et al., J Theor Biol, 2024).
Habitat idéal
Un bateau de croisière représente un habitat idéal pour les agents biologiques, en raison de la promiscuité inévitable et des contacts en face à face, des équipements partagés - ascenseurs, escaliers, sanitaires, piscines, buffets, rampes, sièges, toilettes -, d’un public international et d’une ventilation limitée dans les cabines (Zhang et al., Scientific Reports, 2016; Guagliardo et al., Clin Infect Dis, 2022).
Les gastro-entérites - la “diarrhée du voyageur” en croisière, causée dans environ 90% des cas par le norovirus - et les pathologies respiratoires de type grippal se distinguent nettement (Marshall et al., BMC Publ Health, 2016). Les gastro-entérites bactériennes - E. coli, Salmonella, Shigella, Vibrio, Campylobacter, etc. - et les maladies parasitaires comme Cyclospora sont moins fréquentes (Kak, 2015). On estime qu’il existe un risque de 1% de diarrhée au cours d’une croisière de sept jours (Kak, 2015). En 2025, on a recensé environ 20 flambées de pathologies gastro-intestinales. Une flambée est officiellement signalée lorsque trois passagers ou membres d’équipage, ou davantage, sont malades.
Diamond Princess, un cas emblématique
Le Covid-19 et la grippe se transmettent par aérosols et gouttelettes. Le bateau de croisière Diamond Princess, en 2020, est devenu le symbole de la propagation rapide du Covid-19 en mer (Dahl, Int Marit Health, 2020; Plucinski et al., Clin Infect Dis, 2021). Des flambées de légionellose ont été décrites à plusieurs reprises. Jusqu’à présent, aucune flambée de Mycobacterium tuberculosis transmise par voie aérienne n’a été constatée (Minooee & Rickman, 1999).
L’hantavirus Andes - présent en Argentine et au Chili, particulièrement redouté en Patagonie - est le seul pour lequel une transmission interhumaine a été démontrée (Bellomo et al., mSphere, 2023). Une transmission de personne à personne pourrait être à l’origine de l’apparition de plusieurs cas. Mais où l’infection s’est-elle produite? Qui était le cas index, le “patient zéro”?
Contact avec des excréments de rats ?
L’infection peut avoir eu lieu par contact avec les excréments de rats - le rat du riz - lors d’une excursion à terre. L’embarquement et le débarquement comportent des risques (Guagliardo et al., 2020). Elle peut aussi s’être produite à bord du navire lui-même, même si cela me paraît peu probable compte tenu des normes d’hygiène renforcées mises en place à la suite de précédentes flambées.
Une bonne conception des navires, l’attention portée à la ventilation - HVAC -, des règles d’hygiène strictes, l’isolement et la quarantaine des passagers malades, le monitoring des maladies et la surveillance sont indispensables (Zhang et al., 2016; Brewster et al., 2020; Dahl, 2020; Triantafyllou et al., The Blue Book, Springer, 2024).
Rat in my kitchen? (UB40, 1986)
DERNIERE MINUTE (à 13:24)
Hantavirus sur un bateau de croisière : L'OMS recherche les passagers possiblement contaminés d'un vol Sainte-Hélène/Johannesburg
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé mardi effectuer des démarches pour retrouver les passagers du vol à bord duquel une croisiériste néerlandaise contaminée à l'hantavirus a été évacuée depuis l'île de Sainte-Hélène vers Johannesburg en Afrique du Sud où elle est décédée à l'hôpital.
Cette Néerlandaise de 69 ans, dont le mari de 70 ans est décédé à bord du bateau, avait été débarquée à Sainte-Hélène le 24 avril "avec des symptômes gastro-intestinaux" pour ensuite embarquer le lendemain pour Johannesburg, indique l'OMS. Elle est décédée le 26 avril et son infection à l'hantavirus a pu être confirmée lundi. "Des recherches ont été lancées pour retrouver les passagers de ce vol", a ajouté l'organisation dans un communiqué.