Législation & éthique

Réforme de l’avortement

Bart De Wever temporise, l’opposition met Vooruit et le MR sous pression

Le gouvernement fédéral espère dégager « le consensus le plus large possible » à la Chambre sur la réforme de la loi relative à l’avortement, a déclaré jeudi le Premier ministre Bart De Wever lors de la séance de questions en séance plénière. Mais le chef du gouvernement s’est gardé de dévoiler la position de l’exécutif. Il a indiqué avoir pris connaissance par voie de presse des propositions de la ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V), mais a précisé que celles-ci n’avaient pas encore été mises officiellement sur la table du gouvernement.

Filip Ceulemans/Nicolas de Pape - 12 juin 2026

Comme nous l'avons déjà précisé, la ministre de la Justice proposerait d’allonger le délai légal de l’interruption volontaire de grossesse à 14 semaines après la conception, avec une exception jusqu’à 18 semaines en cas de viol. Le délai de réflexion obligatoire serait, lui, réduit à 48 heures. Cette proposition ne reprend donc pas les recommandations du comité d’experts constitué sous la précédente législature, qui plaidait pour un délai général de 18 semaines et la suppression pure et simple du délai de réflexion.

Katja Gabriels (Anders) - Bart De Wever

Dossier sensible

L’accord de majorité reste volontairement prudent sur ce dossier particulièrement sensible. Il prévoit de poursuivre le débat sociétal sur l’interruption volontaire de grossesse sur la base du rapport des experts et de modifier la législation après consensus au sein des partis de la majorité. « La ministre de la Justice a la responsabilité d’élaborer des propositions qui seront ensuite examinées au gouvernement », a rappelé Bart De Wever.

« Aucune concertation n’a encore eu lieu. Ce n’est pas un secret que ce sujet est très sensible et que les positions divergent fortement dans ce parlement. Je souhaite que les discussions se déroulent de la façon la plus sereine possible. »

"Respectez les accords de gouvernement", demande le CD&V

L’intervention de Nawal Farih, cheffe de groupe CD&V, a toutefois retenu l’attention. À deux reprises, elle a demandé au Premier ministre s’il entendait respecter les accords conclus au sein de la majorité. « Vous savez quels sont les accords, j’espère que vous les respecterez », a-t-elle lancé. Elle a aussi défendu la ligne de son parti : « Si, en tant que CD&V, nous traçons des limites éthiques, nous n’avons pas à en être gênés. Ce n’est pas à des scientifiques de décider de la politique, c’est à nous de décider dans quelle société nous voulons vivre. »

L’opposition a vivement critiqué cette position, rappelant que le CD&V avait déjà bloqué, sous la législature précédente, une proposition de loi soutenue par une majorité parlementaire, avec l’appui de la N-VA et du Vlaams Belang. Mais les critiques se sont également tournées vers les autres partis de la majorité, en particulier Vooruit, le MR et Les Engagés.

Le PS "n'attend plus rien depuis longtemps"

Pour le PS, le problème ne se situe plus seulement du côté du CD&V. « Nous n’en attendons plus rien depuis longtemps », a lancé Caroline Désir, visant plutôt les partis qui avaient promis de respecter le consensus scientifique et la liberté de vote des parlementaires. Elle les a appelés à ne pas « céder au chantage » ni à accepter « une proposition au rabais ».

Même tonalité du côté du PTB. Sofie Merckx a dénoncé une proposition qui, selon elle, « rejette la science » et « piétine le droit des femmes à disposer de leur corps », en rappelant que plusieurs centaines de femmes se rendent chaque année aux Pays-Bas pour pouvoir avorter. Les écologistes ont également regretté une réforme jugée insuffisante. « Toutes ces femmes qui ont besoin de soins resteront sur la touche », a estimé Stefaan Van Hecke (Groen-Ecolo).

Anders critique Vooruit

Katja Gabriels (Anders) a, elle aussi, ciblé Vooruit, accusé de multiplier les déclarations fermes sans traduire celles-ci en actes politiques. « Les grandes déclarations, vous savez les faire. Mais ici, tous les principes passent à la trappe. Les thèmes éthiques ne sont plus une priorité pour Vooruit », a-t-elle lancé. Son parti déposera la semaine prochaine une proposition de loi visant à porter le délai légal à 18 semaines et appelle Vooruit, le MR et Les Engagés à la soutenir.

Sur un dossier où les lignes de fracture traversent à la fois l’opposition et la majorité, Bart De Wever a donc choisi de ne pas trancher publiquement. Mais le débat parlementaire a déjà montré que la réforme de l’avortement pourrait rapidement devenir un test politique majeur pour la coalition.

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