Politique fédérale

Jeunes médecins : un genre de 'pro deo' en début de carrière ?

Lors du débat sur les mutualités organisé ce lundi soir par l'UBPS, Georges-Louis Bouchez a évoqué à nouveau la contrainte face à la pénurie de médecins. Après des incitants qui, pour lui, n'ont pas fonctionné, il lance l'idée d'un modèle équivalent à celui du pro deo des jeunes avocats stagiaires.

François Hardy - 16 juin 2026

Georges-Louis Bouchez UBPS

Si la question de la pénurie médicale n’était pas le cœur initial du débat organisé par l’Union belge des prestataires de soins autour des mutuelles (avec nos confrères de Mediquality au support technique), elle s’est pourtant invitée dans les échanges, furtivement, à l'occasion d’une discussion sur la médecine libérale et l’accès aux soins.

Tellement furtivement qu'une petite déclaration aurait pu passer inaperçue. Georges-Louis Bouchez, un des trois intervenants, a ouvert une piste sensible : imposer temporairement aux jeunes médecins une forme de service dans les zones moins bien desservies. Pendant la campagne électorale de 2024 déjà, le MR avait évoqué, dans son programme politique, de recourir à la contrainte pour pallier à la pénurie de médecins généralistes en zone rurale. Un court paragraphe au milieu d'un document de plusieurs centaines de pages, qui avait suscité l'ire de la DeMeFF.

Ce lundi soir, Bouchez démarrait en enfonçant une porte ouverte. « On sait qu’il y a des zones rurales, par exemple, qui se retrouvent sans médecin traitant, sans médecin de famille », a-t-il rappelé. À ses yeux, les incitants déjà mis en place n’ont pas suffi. « On a travaillé sur les incitants, ils n’étaient pas suffisants. Est-ce qu’on doit augmenter ces incitants ? Est-ce qu’on doit alors créer un cadre ? » Le président du MR a alors tenté une comparaison avec les jeunes avocats stagiaires, tenus d’assurer du "pro deo" en début de carrière : « Est-ce que dans ce cas-là, on devrait faire un modèle équivalent pour les jeunes médecins ? Pourquoi pas ? Je mets l’idée sur la table... »

Pas touche aux suppléments

Plus largement, c'est la question de l’attractivité de la profession qui entourait cette "idée". Pour GLB, le débat ne peut pas être dissocié du financement de la médecine, des investissements consentis par les praticiens et du risque de fragiliser certaines structures de soins. Il s’est ainsi opposé au plafonnement des suppléments d’honoraires, estimant qu’une telle mesure pourrait avoir un effet contre-productif. « Quand vous plafonnez ou vous supprimez des suppléments d’honoraires dans des hôpitaux, vous définancez ces hôpitaux », a-t-il insisté. Et d’ajouter, à propos des médecins ayant investi dans des cliniques privées : « Si du jour au lendemain, on leur dit : 'vous n’avez plus de suppléments d’honoraires', ils se retrouvent avec leur investissement. Que feront-ils, avant même de partir à l’étranger ? Ils fermeront leur clinique. »

« Quand vous êtes un jeune avocat au barreau, les premières années, vous êtes obligé de faire ce qu'on appelle du pro deo.
Devrait-on faire un modèle équivalent pour les jeunes médecins ?
Je mets l'idée sur la table. »

- Georges-Louis Bouchez

Le Pr Lieven Annemans, professeur d'économie de la santé à l'UGent, autre invité du débat, a, lui, contextualisé la question dans l’équilibre délicat entre autonomie professionnelle et encadrement financier. Pour lui, l’autonomie clinique doit être préservée afin d’éviter une médecine pilotée par les assureurs, comme il estime l’observer aux Pays-Bas. Mais cette autonomie n’exclut pas une réflexion sur les revenus. « On doit quand même avoir un revenu raisonnable pour les médecins, parce qu’ils ont beaucoup de responsabilités, ils prennent des risques », a-t-il souligné, tout en jugeant que les écarts actuels entre spécialités sont trop importants. 

La pénurie, aussi du côté des médecins-contrôle

Le débat a également montré que la pénurie ne concerne pas uniquement les médecins traitants ou spécialistes. La question des médecins-contrôle, appelée à devenir encore plus sensible avec le suivi des malades de longue durée, a fait émerger cet autre constat : il sera difficile, voire impossible, de recruter suffisamment de médecins pour remplir ces missions dans le cadre actuel. « Vous ne trouverez jamais assez de médecins-contrôle », a averti Georges-Louis Bouchez, estimant qu’avec les effectifs disponibles, la visite annuelle des malades de longue durée risque de devenir « purement formelle ».

Pour contourner cette difficulté, le président du MR plaidait pour un autre modèle de contrôle, davantage fondé sur l’autorégulation médicale : un melting-pot de contrôles croisés entre arrondissements, de collèges de médecins, et d'un rôle accru de l’Ordre. « On doit avoir un système d’autorégulation par les médecins eux-mêmes », a-t-il résumé. Une piste qui rejoint, partiellement, le souci exprimé par le Pr Annemans de ne pas charger davantage les médecins traitants sans leur donner les moyens d’un accompagnement réellement personnalisé.

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