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L’Europe pénalisée par les frappes sur l’Iran

GÉOPOLITIQUE - Washington va peut-être creuser son déficit budgétaire avec son offensive contre les ayatollahs mais, sur le plan économique, c’est surtout le Vieux continent qui risque d’en payer le prix. Pourquoi ? Et comment l’investisseur doit-il réagir ?

Guerre USA Iran Un événement aussi spectaculaire que les bombardements massifs menés par les États-Unis et Israël sur l’Iran ne peut qu’entraîner de nombreuses interrogations, auprès des citoyens et plus encore des investisseurs.

À ces derniers, la plupart des banques ont, dans un premier temps, adressé un message plutôt rassurant. Deux exemples. Chez ING, on rappelle que « historiquement, les chocs géopolitiques ont souvent un effet temporaire sur les marchés financiers, tandis qu’un investissement discipliné et bien diversifié s’est justement révélé efficace dans ce type de période ». Ton très serein aussi chez Delen : « À ce stade, il n’y a aucune raison de modifier la composition de votre portefeuille, qui est construit de manière diversifiée afin de pouvoir absorber ce type de chocs. »

Cela, c’était quelques jours après le début de l’offensive. La riposte de Téhéran s’étant non seulement confirmée, mais intensifiée durant le weekend suivant, les marchés ont brutalement changé de ton à partir du lundi 9 mars !

Pétrole et inflation

C’est que les prix énergétiques ont alors flambé de plus belle. En Europe, celui du gaz s’était déjà envolé de moitié dès la réouverture des marchés le lundi 2 mars, une tendance qui s’est renforcée les jours suivants. Quant au pétrole, il avait grimpé de plus d’un quart. Et contrairement aux apparences, ceci est plus spectaculaire et plus significatif que cela.

Il faut en effet se rappeler que le gaz ne se transporte pas facilement : si l’on ne dispose pas d’un gazoduc vers le marché client, il faut le transporter par mer, mais sous forme liquide. Ceci suppose une infrastructure coûteuse au départ et nécessite des navires sophistiqués, dont le nombre est restreint. Le pétrole, de son côté, traverse les océans après chargement très aisé sur un des très nombreux pétroliers présents partout dans le monde.

Conséquence : alors que le prix du gaz est souvent très différent dans les différentes régions du monde (et historiquement très bas aux États-Unis), celui du pétrole vaut, grosso modo, à l’échelle planétaire. Par ailleurs, si le cours a bondi de plus d’un quart durant la semaine ayant suivi le déclenchement des hostilités, la hausse atteignait alors 57 % par rapport au niveau de la fin 2025, historiquement assez bas il est vrai. On comprend que le spectre d’un regain d’inflation ait aussitôt refait surface, et pas seulement à propos des prix à la pompe. Il est aussi question du prix des engrais, qui viennent largement du Moyen-Orient.

Après que le mouvement avait déjà pris de l’ampleur en fin de semaine, que dire de l’explosion du lundi 9 mars ? Voilà le baril de Brent, la référence internationale, passant brutalement de 90 à près de 120 dollars, avant de se calmer vers 105 dollars. Nouvel élan, dans la foulée, pour le spectre de dérapage inflationniste ! En toute logique, cette crainte avait renforcé les taux d’intérêt dès la semaine précédente. En témoigne le rendement de l’obligation d’État belge à dix ans : il est, en chiffres ronds, passé de 3,2 à 3,4 %. Ce n’est évidemment pas bon pour les portefeuilles, ni d’actions ni d’obligations, mais sans inquiétude excessive à ce stade : ces taux s’étaient fortement détendus depuis le début de l’année. On est donc loin d’un sommet.

Ce fameux détroit d’Ormuz

Il est par contre un vrai sujet d’inquiétude : le prix du gaz en Europe ! Il avait flambé de deux tiers durant la première semaine des hostilités, mais… en Europe et non aux États-Unis. Là-bas, il fut (beaucoup) plus modestement en progrès de 11 %. Comme lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en mars 2022, l’offensive sur l’Iran met en lumière la vulnérabilité de l’Europe (comme de l’Asie) sur le plan énergétique. Alors que les États-Unis sont, faut-il le rappeler, devenus exportateurs nets d’énergie ! Ils ont d’ailleurs en partie remplacé la Russie dans l’approvisionnement de l’Europe, par le biais du GNL (gaz naturel liquéfié) exporté au départ de la côte Est.

Un autre fournisseur, surtout tourné vers l’Asie, est le Qatar, où le site de Ras Laffan est le plus important du monde pour le chargement de GNL. Les méthaniers doivent toutefois passer par le détroit d’Ormuz, face à l’Iran, celui-là même dont on répète à l’envi qu’il voit transiter un cinquième du pétrole mondial. Mais également 30 % des engrais, ainsi que le gaz du Qatar, on ne saurait l’oublier ! Et le monde s’en est rappelé quand il a appris que les installations étaient à l’arrêt pour cause de détroit d’Ormuz impraticable…

Énergie : le gaz pénalise l’Europe

Comme la production mondiale était attendue en excédent cette année, rappelle le broker américain Morgan Stanley, ce n’est pas dramatique dans l’immédiat. Sauf que, une fois encore, c’est en Europe que le cours s’envole : le lundi 9 mars, il franchissait la barre des 60 euros le MWh, ayant ainsi doublé depuis la fin février. Et qu’en est-il aux États-Unis ? Après un petit coup de chaud, le cours se détend rapidement… L’Europe est donc clairement victime de l’offensive contre l’Iran, ce qui n’est guère le  cas des États-Unis. Car si les prix sont plus sages là-bas, ils y sont également et surtout moins élevés. Certes, on n’en est plus à la situation de 2022 quand, suite à l’invasion de l’Ukraine, le prix en Europe s’était un moment envolé à 200 et même près de 300 euros le MWh, soit presque dix fois le prix prévalant outre-Atlantique ! L’écart s’était même fort résorbé à la fin 2025 entre les États-Unis et une Europe largement approvisionnée en GNL américain. Au point que le prix américain n’était plus que… double du prix européen, quand même.

L’Europe restait donc défavorisée au niveau de sa compétitivité et cela s’est aggravé suite au bombardement de l’Iran. Quand le MWh européen affiche environ 60 euros, il est de cinq à six fois supérieur au prix américain. Il n’est pas vraiment surprenant que, durant la semaine ayant suivi l’offensive, ce sont les bourses européennes qui ont flanché (-5,5 %) bien plus que Wall Street (-2 %). Avec, en particulier, une fameuse syncope pour plusieurs valeurs industrielles, grandes victimes d’une énergie plus chère. Le sidérurgiste Arcelor Mittal a ainsi abandonné plus de 17 % en une semaine.

Le dollar reprend du poil de la bête !

De plus, chroniquement faible depuis un an, le dollar s’est réveillé face à l’euro. La devise européenne est, en une bonne semaine, revenue de 1,18 à moins de 1,16 dollar. Ce n’est pas un tsunami, mais c’est spectaculaire : voilà que le billet vert retrouve son statut de valeur refuge dans un contexte géopolitique chahuté ! Au contraire de l’or : son cours n’a cessé de fléchir, perdant environ 5 % en une semaine. Souvent vanté, son rôle de « valeur refuge » n’est pas vraiment celui qu’on prétend, comme on a déjà eu l’occasion de le souligner dans ces pages. Une occasion de se positionner, si l’on est persuadé que la tendance haussière à long terme est intacte ?

On ne devrait pas retrouver une inflation de l’ordre de 10 %, comme en 2022.

On ne saurait oublier que l’Asie, hors Moyen-Orient bien entendu, importe également l’essentiel de son énergie et en particulier via le détroit d’Ormuz. Elle est donc l’autre grand perdant des événements. Et ceci alors même que la plupart des professionnels conseillaient d’investir sur les marchés émergents en cette année 2026, lesquels sont essentiellement constitués par l’Asie du Sud-Est. Cette région avait démarré sur les chapeaux de roue, l’indice MSCI Emerging Markets grimpant de plus de 15 % à la fin février. Chute spectaculaire au début mars, un bref rebond étant rapidement effacé : le lundi 9 mars, la hausse depuis le début de l’année s’était réduite à 3,6 %, la performance restant toutefois de quelque 29 % sur un an. Repêchage possible pour les investisseurs ayant « raté » les émergents, mais pas avant d’avoir quelques assurances sur le détroit d’Ormuz !

Une récession serait probable…

Et pour le reste, comment réagir ? Économiste en chef chez BNP Fortis, Koen De Leus souligne, comme d’autres, que l’aggravation ressentie de la situation au lendemain d’importantes frappes iraniennes n’est pas encore synonyme de désastre pour les économies et les marchés. On ne devrait pas retrouver une inflation de l’ordre de 10 %, comme en 2022. Beaucoup dépendra clairement de la durée d’indisponibilité du détroit d’Ormuz. En référence à ce que l’on a connu en 2022, le broker Bernstein souligne que le prix du gaz devrait augmenter sensiblement en Europe pour attirer le GNL, notamment américain, chez nous plutôt qu’en Asie.

Dans un scénario où le prix du pétrole atteindrait 120 dollars le baril pendant trois à six mois, conclut Koen De Leus, l’inflation pourrait augmenter de 1,5 %, la croissance économique étant au contraire amputée de 1 %. Et d’ajouter : « Une récession en Europe à partir du troisième ou quatrième trimestre devient alors probable. » Voilà l’investisseur prévenu.

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Geschreven door Guy Legrand10 maart 2026
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