Votre argent
Quels placements privilégier aujourd’hui ?
Avec la guerre contre l’Iran qui s’est élargie au Moyen-Orient et une inflation qui reprend vigueur suite à l’envol du pétrole, l’investisseur a des bonnes raisons de s’interroger. Faut-il abaisser son risque et viser des placements plus sûrs ? Et surtout : lesquels ?

Même si les cours évoluent en dents de scie, les marchés financiers sont globalement loin de paniquer : le recul demeure plutôt mesuré depuis le déclenchement de l’offensive contre l’Iran, pour les actions comme pour les obligations. On ne sait toutefois si cette relative sérénité est justifiée… ou pas. Elle présente en tout cas un avantage : les prix des actifs financiers ne prennent pas en compte un scénario catastrophe. Autrement dit, ceux qui souhaitent vendre des actifs à risque comme les actions ne subiront que des moins-values limitées par rapport aux cours-records de la fin février. A l’inverse, ceux qui veulent acheter des actifs défensifs, comme les obligations indexées, ne paieront guère de prime de risque. Petit tour d’horizon des principaux actifs, de leurs atouts et des dangers qu’ils peuvent présenter.
Actions : à court ou moyen terme, tout est possible !
Le discours jusqu’ici tenu par les experts est simple : faire le gros dos et attendre que l’orage passe. Ce scénario optimiste reste dominant, même si le doute s’amplifie. Les professionnels de l’investissement ne sont pas du genre à conseiller de vendre, c’est bien connu, mais ont-ils raison ou tort ? Trois éléments de réponse. D’abord, sur longue période, la bourse s’inscrit toujours en hausse et cette dernière compense largement l’inflation. Ensuite, un début d’année (ou tout autre période, bien entendu) catastrophique n’exclut pas une belle performance. On l’a vécu l’an dernier, en particulier aux Etats-Unis, avec un plus bas de -19 % et une performance finale de +16 %. Ce fut plus spectaculaire encore en 2020, l’année du Covid : un plus bas de -34% et, finalement, +16 % également ! Enfin, l’histoire enseigne que les évènements géopolitiques ne font sentir leurs effets que pendant quelques mois. Une étude réalisée par la banque américaine JP Morgan, qui reprend 36 évènements survenus entre 1940 et 2022, indique un retour à la (croissance des cours) normale après 6 mois, soit +2,6 %, qui se vérifie également après 12 mois : +5,5 %.
Quel risque ?
Tout cela est fort bien, mais… cette étude met aussi en lumière la dramatique exception engendrée par la guerre du Kippour de 1973 (lire ci-contre). La bourse de Bruxelles chute de 21,4 % en 1974, l’indice mondial plongeant, de son côté, de -35 %, après déjà -21 % en 1973. Bruxelles connaît une remontée du même ordre en 1975, mais compte tenu d’une inflation à deux chiffres, elle est illusoire. L’étude JP Morgan, qui tient compte de l’inflation, pointe une chute des actions américaines de 37 % à l’issue des 12 mois ayant suivi la guerre de 1973. Faire le gros dos convient donc en général, mais absolument pas dans un scénario façon 1973 ! Auquel on ne croit pas jusqu’ici… A noter que le krach boursier record en Belgique date de 2008, avec -47,6 %. Un chiffre plus élevé qu’au niveau international (-37 %), en raison du poids des banques.
Obligations : la leçon de 2022
Suite à la flambée de l’inflation que l’attaque russe sur l’Ukraine occasionna en 2022, la bourse a flanché : -12,3 % à Bruxelles. La grosse surprise de l’année fut toutefois la chute équivalente des obligations ! Pour un actif réputé peu risqué, une telle déconvenue a laissé les investisseurs pantois. Elle rappelle si besoin en était qu’une obligation perd mécaniquement de sa valeur quand les taux d’intérêt s’inscrivent en hausse. Quand l’obligation à 10 ans de l’Etat belge affiche un rendement de 3,6 %, celle, plus ancienne, qui ne rapporte que 3 % ne peut évidemment se vendre qu’avec un rabais.
Quel risque ? En réalité, l’année 2022 était exceptionnelle. En termes relatifs, la remontée des taux d’intérêt fut en effet colossale : le rendement de l’obligation d’Etat belge (OLO) à 10 ans est passé de 0,2 à 3 % sur l’année. Le plus souvent, le rabais en question est assez faible. D’abord, parce que l’écart de taux n’a pas une telle ampleur. Ensuite, et ceci vaut dans tous les cas, parce qu’une obligation est, à l’échéance, remboursée à sa valeur de départ. Autrement dit, la hausse des taux engendre une moins-value uniquement au niveau des intérêts qui seront payés, pas du tout au niveau du capital. Et les premiers ne pèsent qu’une fraction du second, du moins quand le rendement est de l’ordre de 3 ou 4 %. Le risque présenté par les obligations reste donc fort limité. Il augmente toutefois avec la durée de l’obligation et c’est pourquoi l’on conseille aux investisseurs de ne pas dépasser 5 ans, voire 3 ans, dans un contexte de taux en hausse comme aujourd’hui.
Le rendement peut être indexé !
Deux alternatives spécifiques existent sur le terrain obligataire. La première : les obligations à taux variable (aussi appelé flottant). Le rendement qu’elles offrent est adapté, tous les 3 ou 6 mois, sur la base d’un taux d’intérêt servant de référence, à savoir l’euribor dans la zone euro. Les taux d’intérêt évoluant en fonction de l’inflation attendue, ces obligations protègent indirectement contre une hausse de l’inflation. Et directement contre une hausse des taux puisque, leur rendement étant adapté, elles ne subiront pas de moins-value.
Il existe même des obligations dont la protection contre l’inflation est directe, car elles sont indexées sur cette inflation. Plusieurs Etats ont émis des titres de ce genre, dont la France et l’Italie en particulier en euro. Il arrive que les seuls coupons soient indexés, le capital restant fixe. Le plus souvent pourtant, c’est l’inverse : c’est le capital qui est indexé. Le rendement augmente toutefois lui aussi, car il s’applique au capital réévalué. Exemple : une obligation de 10.000 euros au coupon de 2 %. Si l’inflation a atteint 2 % la première année, la valeur du capital passe à 10.200 euros et le coupon de 2 % se calcule sur 10.200. Il est donc, non pas de 200, mais de 204 euros. Et ainsi de suite.
Quel risque ? Evoquons plutôt un inconvénient : comme ces obligations offrent une protection contre une hausse des taux et de l’inflation, elles ne présentent pas de prime de risque pour l’incertitude. En d’autres termes, leur rendement est moins élevé que celui d’une obligation classique, et parfois sensiblement. Le jeu en vaut-il alors la chandelle ? Quand le marché anticipe sérieusement une hausse de l’inflation, il arrive que le cours de ces obligations grimpe au point de les rendre peu intéressantes. Ce n’est pas (encore) le cas en ce moment. Elles ne sont de toute manière guère accessibles autrement que via des fonds spécialisés.
Ce bon vieux carnet de dépôt !
On ne s’étendra guère sur l’or, dont la protection contre l’inflation se vérifie parfois, mais pas toujours. Et dont la dynamique actuelle relève surtout de la défiance à l’égard des Treasuries, les obligations émises par les Etats-Unis. On ne saurait par contre snober les carnets de dépôts, d’autant que leur rémunération n’est pas toujours au plancher. Elle est souvent modeste dans les grandes banques, c’est vrai, avec par exemple 0,40 % de taux de base et 0,20 % de prime de fidélité chez CBC, et même 0,30 % et 0,20 % respectivement chez Fortis. ING est sensiblement plus généreuse, avec 0,10 % de base et 1,15 % de fidélité. Même avantage à la prime de fidélité chez Belfius pour le compte Fidelity, qui offre 0,15 % à peine de base, mais 1,25 % de fidélité. (contre 0,30 % + 0,30 % pour le compte d’épargne de base). Le champion est Keytrade, avec 0,40 et 1,50 % respectivement. Il s’agit ici de comptes A, qui ne présentent pas de restrictions.
Les comptes B, qui en comportent, se situent un cran plus haut que la plupart des autres, mais avec des conditions très diverses. Les 2 % de total affichés par medirect et Santander s’entendent ainsi pour 25.000 euros maximum pour le premier et… 125.000 euros minimum pour le second. Plusieurs banques offrent un rendement élevé, mais réservés à des versements mensuels limités, souvent 500 euros. Le compte Tempo d’ING arrive ainsi à 2,25 %. Limité à 600 euros par mois, le Flow de Belfius pousse la rémunération à (1,30 + 1,50 % =) 2,80 %, ce qui sort de l’ordinaire !
Quel risque ? Un compte d’épargne présente un risque insignifiant, certainement jusqu’aux 100.000 euros (par personne et par compte) garantis au niveau européen. Par contre, il ne faut pas se tromper : pour une épargne pouvant être mobilisée à court terme, il faut clairement choisir un taux de base élevé, au détriment de la prime de fidélité qui n’est acquise qu’après un an. Et ne pas oublier que le taux de base peut être modifié, alors que la prime de fidélité est garantie pour un an.
La guerre du Kippour : une cassure brutale
L’attaque menée par l’Egypte et la Syrie le 6 octobre 1973 prend Israël par surprise, mais son armée se ressaisit après quelques jours et passe à l’offensive. Le conflit prend fin dès le 25 octobre. Un évènement majeur est survenu entretemps : le 17, l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) annonce une baisse de production sensible et un embargo à l’égard de divers pays occidentaux. Elle décide aussi une augmentation de 70 % du prix du baril qui, en réalité, finira par quintupler ! Venant de 2,32 dollars, il affichera officiellement 11,65 dollars à la fin de l’année. En Belgique, l’inflation atteindra 12,6 % en 1974 et 12,8 % en 1975. Le prix du brut triplera encore dans le sillage de la révolution iranienne, en 1979. L’inflation belge sera cette fois moins forte, pointant à un sommet de 8,7 % en 1982. Elle chutera à 1,3 % en 1986… parallèlement à l’effondrement du prix du baril. Encore positive en 1973 et 1974, la croissance économique de la Belgique passera au rouge en 1975, à -1,97 %.