Le CNPQ veut traquer les variations de pratiques
L’INAMI, via sa Direction 'Appropriate Care' et le Conseil national de la promotion de la qualité (CNPQ), s'est penché sur un chantier sensible : l’analyse des variations de pratiques médicales. Tous deux veulent repérer les écarts importants dans l’utilisation des soins, identifier les pratiques potentiellement problématiques et associer les organisations médicales à un travail de priorisation.
Derrière cette initiative, l’INAMI rappelle sa vision très "OMS" de l’« Appropriate Care » : "des soins nécessaires, pertinents, fondés sur les données scientifiques, dispensés au bon moment, au bon endroit, par le prestataire le plus adéquat, et au coût le plus proportionné possible. Dans ce cadre, deux axes prioritaires sont retenus : la réduction des « low value care", c’est-à-dire des soins qui apportent trop peu de bénéfice clinique, et l’analyse des variations de pratique, qui permet de détecter les écarts d’usage et les zones où une amélioration semble nécessaire.
Le CNPQ, une vielle dame
Pour rappel à nos jeunes lecteurs : le CNPQ existe depuis 2001 et réunit 44 membres issus notamment des syndicats médicaux, des universités, des associations scientifiques, des mutualités et des autorités publiques. Ses missions légales comprennent notamment le peer review, l’élaboration de recommandations de bonnes pratiques, la définition d’indicateurs de qualité et le retour d’information vers les médecins.
Depuis 2019, des analyses de variations de pratiques sont publiées sur la plateforme Healthy Belgium. En 2025, le CNPQ a validé différentes sources d’indicateurs de qualité, y compris le rapport sur les "low value care". L’INAMI explique toutefois qu’un problème est vite apparu : la très grande majorité des indicateurs concernait la médecine générale. Pour élargir la démarche à davantage de spécialités, le choix a été fait de concentrer le travail sur les analyses présentant un haut degré de variation. Ce processus a débouché sur l’approbation d’un courrier-type adressé aux organisations médicales et sur l’intégration de cette démarche dans l’accord médico-mutualiste national 2026-2027.
« La base de travail comprend 250 analyses de variations de pratiques médicales liées à la nomenclature et 40 analyses sur les médicaments. »
Sur le fond, l’INAMI met en avant l’ampleur du matériau déjà disponible. La base de travail comprend 250 analyses de variations de pratiques médicales liées à la nomenclature, 40 analyses sur les médicaments selon la classification ATC (Anatomical Therapeutic Chemical) et 25 analyses relatives aux professionnels de la santé.
La méthodologie repose sur plusieurs critères de variation géographique. L’INAMI examine notamment le taux de recours standardisé par 100.000 assurés, les dépenses moyennes annuelles par patient ou par prestation, la tendance de croissance annuelle moyenne entre 2014 et 2024, l’occurrence moyenne totale, le ratio entre bénéficiaires du régime préférentiel et du régime général, le ratio femmes-hommes, l’âge médian des patients ou encore la part du one-day par rapport à l’hospitalisation classique.
Benchmark
Chaque analyse fait ensuite l’objet d’un calcul de coefficient de variation, comparé à un benchmark construit à partir de la médiane observée sur plus de 200 analyses réalisées en 2023. Des points de variation sont attribués selon l’ampleur de l’écart : par exemple, un point si l’indicateur dépasse la médiane de 10%, deux points au-delà de 20%, etc.
Des « prior points » sont en plus attribués tantôt pour un fort écart Flandre-Wallonie tantôt pour un volume important de patients. Le score final est calculé en multipliant les points de variation et les « points de priorité », chacun majoré de un, afin de produire un classement par spécialité.
Le CNPQ s’est penché notammetn sur la douleur chronique pour illustrer les écarts géographiques dans le nombre de patients, les dépenses par patient, la croissance annuelle moyenne ou encore l’occurrence moyenne totale. L’INAMI veut objectiver au maximum des différences parfois importantes selon les régions, les profils sociaux ou les modes de prise en charge.
Shortlist pour la médecine générale
Pour la médecine générale, la masse d’informations a déjà conduit à un premier tri. Sur 67 analyses de variations de pratiques liées à ce champ, une short-list a été établie en concertation avec le CNPQ. Parmi les thèmes retenus figurent notamment le dosage de la vitamine D, de la vitamine B12, l’imagerie du rachis, l’analyse CT-NMR, les consultations oncologiques multidisciplinaires impliquant les généralistes, le dépistage du cancer du sein, les soins palliatifs à domicile, les antidépresseurs, les antidiabétiques et les médicaments agissant sur la structure osseuse.
L’attente de l’INAMI vis-à-vis des organisations médicales est explicite. Elles sont invitées à identifier, dans la liste reçue, les variations de pratique qui leur paraissent réellement problématiques, à expliquer brièvement le contexte et l’enjeu, à classer ces problèmes du plus urgent au moins urgent, et à proposer éventuellement d’autres sujets méritant une action. Les remarques doivent être renvoyées au plus tard pour le 30 avril 2026 à l’adresse du CNPQ : nrkp-cnpq@riziv-inami.fgov.be.