La céramique, une alternative de choix pour les prothèses crâniennes
A Limoges, berceau de la porcelaine française depuis le XVIIIe siècle, des chercheurs ont réussi à faire rimer tradition et technologie de pointe en fabriquant des implants crâniens en céramique sur mesure. Parfaitement biocompatibles et réduisant fortement les risques d'infections, ces prothèses sont une bénédiction pour les patients ayant perdu une partie de la couverture osseuse de la boîte crânienne suite à un accident ou en raison de la suppression d'une tumeur.
Une fois en place, cette avancée technologique pourrait révolutionner la chirurgie maxillo-faciale. " Avec cette prothèse, on est passé de la préhistoire à la chirurgie réparatrice 2.0 ", considère Joël Brie, médecin au service de chirurgie maxillo-faciale du CHU de Limoges.
Ce dernier a travaillé pendant dix ans avec l'entreprise d'impression 3D Céram sur la mise au point de cette prothèse " ostéo-conductrice " qui permet de soigner des patients ayant perdu plus de 15% de la surface du crâne. 3D Céram a développé une machine grâce à laquelle il est possible de réaliser une modélisation numérique en trois dimensions de la partie manquante du crâne et de modeler la prothèse au laser, en 48 heures maximum, avant la cuisson.
L'obsession du chirurgien médecin étant de trouver le matériau le moins inflammatoire, donc le plus biocompatible, dans lequel l'os peut pousser et se fixer durablement, 3DCeram a ajouté à sa prothèse des centaines de microtrous en périphérie, formant une véritable dentelle. C'est cette porosité de près de 60% qui en fait la véritable valeur ajoutée.
" Grâce à cette porosité, au bout de six mois, l'os, qui est capable de s'agripper dans un matériau comme la céramique, a recolonisé environ 25% des zones poreuses et la prothèse fait partie intégrante du patient ", se félicite le Dr Brie. " Sur les 17 premiers patients opérés, nous avons zéro infection. " Son pari est donc en passe d'être réussi.
" La meilleure reconstruction est certes toujours celle faite avec l'os du patient, mais parfois celui-ci comporte un risque infectieux, " explique le spécialiste. Un risque qui complique les interventions, voire les rend impraticables. Autrement dit, avant l'invention de cette prothèse, la médecine n'apportait pas de réponse satisfaisante à toute une frange de patients.
Ainsi les implants en céramiques pourraient constituer une vraie alternative aux greffons osseux quand il s'agit de remplacer des os du crâne endommagés. Reste à prouver leur efficacité à plus grande échelle et à faire valider le projet par les autorités de santé. Car pour l'heure, les opérations dont le coût varie entre 10.000 à 18 000 euros sont entièrement financées par le CHU de Limoges.