À la demande du ministre Vandenbroucke
Le KCE va étudier les différences de médication entre sexes
Le ministre de la Santé a chargé le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) de mener une recherche sur les différences de médication entre les sexes en Belgique.
Le ministre a fait cette annonce à l'occasion de la clôture d'une campagne menée par l'ASBL féministe Rebelle.
Lundi soir, cette association a remis une lettre ouverte signée par 3.542 personnes, ainsi qu'une énorme boîte de "Rebelline" au ministre: un "médicament" que l'association avait symboliquement lancé l'an dernier pour dénoncer le fait que les femmes ne sont toujours pas suffisamment représentées dans la recherche médicale.
Dans sa lettre ouverte, l'organisation réclame notamment un budget de recherche structurel pour les études tenant compte des sexes et genres dans la médication, et des formations en soins sensibles au genre.
Vers une pharmacothérapie "sexospécifique"
Le ministre Vandenbroucke a affirmé vouloir concrétiser l'engagement prévu dans l'accord de gouvernement fédéral.
"La réponse simple, c'est 'oui'. Mais cela devra se faire par étapes", a-t-il déclaré. "Comme première étape, je demande au KCE de réaliser une recherche sur ce que nous savons, et ne savons pas, concernant les différences de médication entre les sexes. À partir de là, nous établirons des recommandations pour les étapes suivantes. De cette manière, la Belgique pourrait devenir pionnière au niveau européen dans le domaine de la pharmacothérapie sexospécifique et promouvoir une politique innovante, centrée sur le patient et de haute qualité."
Les données montrent notamment que les femmes subissent 50 à 60% d'effets secondaires de plus que les hommes.
Effets secondaires et stéréotypes genrés
Selon Rebelle, les femmes subissent 50 à 60% d’effets secondaires en plus que les hommes et, pour cette raison, sont hospitalisées 33% plus souvent. Par ailleurs, des pathologies comme l’endométriose et le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) restent structurellement sous-étudiées.
"Jusqu’aux années 1990, les femmes étaient exclues des recherches sur les médicaments", rappelle Rebelle. "Aujourd’hui, elles restent encore sous-représentées, et les résultats sont rarement ventilés selon le sexe, ce qui implique des connaissances insuffisantes sur la manière dont les médicaments agissent sur le corps des femmes."
De plus, les stéréotypes de genre jouent encore un rôle : "les femmes attendent en moyenne plus longtemps pour recevoir des antidouleurs et reçoivent plus souvent des calmants là où les hommes recevraient des analgésiques."
« Ce n’est qu’un début, car pour parvenir à un véritable changement, il faut continuer à accorder à ce sujet l’attention qu’il mérite. Les patient·e·s, les prestataires de soins et les responsables politiques doivent poursuivre le dialogue ensemble », conclut Isa Verlaenen, directrice de Rebelle.