Servez un « sandwich de vérité »
Comment lutter contre la désinformation médicale ?
Qu'il s'agisse des vaccins, des vitamines, de la crème solaire ou des régimes alimentaires, de nombreuses personnes croient à des informations trompeuses, voire carrément nuisibles. Quelle est la meilleure manière de s’y opposer ?

Selon Babette Hermans, doctorante à la KU Leuven, la désinformation médicale n’est pas un phénomène nouveau. « Lorsque Edward Jenner a introduit le vaccin contre la variole bovine à la fin du XVIIIᵉ siècle, certaines rumeurs prétendaient que les personnes vaccinées se transformeraient en vaches. Ce phénomène existait déjà chez les Grecs de l’Antiquité et au Moyen Âge. Dès lors qu’une information peut être diffusée, la désinformation peut l’être également. »
« Il existe une vaste zone grise peuplée de personnes qui ne savent pas vraiment quoi penser. Il est très important de leur fournir une information correcte. »
« Un vrai homme court des marathons »
La grande différence aujourd’hui réside surtout dans la quantité de désinformation et dans la vitesse à laquelle elle peut se propager, avec l’aide des algorithmes des réseaux sociaux. Les messages qui suscitent de fortes émotions ou la controverse sont récompensés par une plus grande visibilité.
À la KU Leuven, Babette Hermans étudie l’efficacité du fact-checking comme remède aux fausses informations. « Nous travaillons principalement sur la désinformation politique, par exemple concernant la migration et le climat, mais nous avons également étudié des thèmes liés à la santé. Nos recherches montrent que les connaissances sur des sujets de santé tels que la vaccination des enfants et les conséquences de l’utilisation de la pilule contraceptive sont – heureusement – relativement élevées en Flandre. Mais il existe une vaste zone grise peuplée de personnes qui ne savent pas vraiment quoi penser ; il est très important de leur fournir une information correcte. »
Par ailleurs, Babette Hermans définit la « désinformation médicale » de manière plus large que les seuls sujets strictement médicaux : tout ce qui peut avoir un impact sur la santé en fait partie. « Si vous voyez fréquemment sur les réseaux sociaux des jeunes filles très maigres, cela peut, dans certaines circonstances, conduire à un trouble du comportement alimentaire. Et il semble parfois qu’aujourd’hui, on ne soit pas un 'vrai homme' si l’on ne pratique pas le fitness ou si l’on ne court pas des marathons. Or, lorsqu’elle est mal abordée, la pratique sportive extrême peut également nuire à la santé. »
Le « sandwich de vérité »
En Belgique, les médecins figurent parmi les professions auxquelles la population accorde le plus de confiance. Ils ont donc un rôle important à jouer dans la réfutation de la désinformation médicale. Pour ce faire, ils ont intérêt à utiliser la technique connue sous le nom de « truth sandwich », ou « sandwich de vérité », explique Babette Hermans.
« La vérité doit se trouver au début et à la fin de votre message. »
« L’idée de base est de commencer par l’information correcte, par exemple : 'les vaccins sont sûrs et protègent contre les maladies contagieuses'. Ce n’est qu’ensuite que l’on aborde l’information trompeuse : il faut expliquer ce qui est faux, quelles tactiques de manipulation sont utilisées et quels intérêts peuvent se cacher derrière ces messages. L’information provient-elle, par exemple, de quelqu’un qui cherche à vous vendre quelque chose ou à vous faire peur ? Enfin, il convient de répéter une dernière fois l’information correcte. La vérité se trouve donc au début et à la fin du message. »
Confiance et respect
Dans un contexte médical, la confiance et le respect mutuels sont essentiels. « Lorsqu’un patient ne se sent pas écouté, les choses tournent souvent mal », explique la chercheuse. « C’est aussi une plainte fréquemment exprimée sur les réseaux sociaux : 'J’ai déjà consulté quatre médecins et aucun ne m’écoute vraiment.' Souvent, le patient lui-même n’est pas totalement certain de ce qu’il a vu ou entendu, et il est très humain d’avoir honte de ne pas savoir ou de ne pas comprendre quelque chose. Si une figure d’autorité vous dit sèchement que ce que vous racontez est faux, vous serez moins enclin à poser des questions par la suite. »
Selon elle, un message empreint d’empathie, tel que « Je vois que cela vous inquiète beaucoup » ou « Je comprends que cela puisse être déroutant », peut faire une grande différence.
Un combat sans fin
Hermans souligne que la lutte contre la désinformation ne repose pas uniquement sur les médecins. « La réglementation européenne des réseaux sociaux peut aider, mais il s’agit de plateformes gigantesques dont le modèle économique repose sur l’engagement. Cela signifie que les contenus faux ou trompeurs attirent souvent davantage l’attention que les informations correctes et factuelles. Il est donc très difficile de rivaliser avec cela. On a parfois l’impression de vider la mer à la petite cuillère. »
Elle estime également que les médias, à travers les vérifications des faits (fact-checks), ainsi que l’enseignement, ont un rôle important à jouer (lire à ce propos en page suivante). « Les jeunes doivent apprendre à porter un regard critique sur l’information et à rechercher des sources fiables. Je me souviens qu’à l’école, nous apprenions à lire la notice d’un médicament et que nous devions être capables de répondre à des questions à son sujet. Cela fait aussi partie de la littératie en santé. »