Moustique tigre : le Conseil supérieur de la Santé appelle la Belgique à adopter le plan flamand
Le moustique tigre s’installe progressivement en Belgique, où il a déjà survécu à plusieurs hivers. Si aucune transmission locale de dengue, de chikungunya ou de Zika n’a encore été observée, le Conseil supérieur de la Santé recommande de renforcer sans attendre la surveillance et la prévention. Et recommande d'appliquer le plan flamand sur tout le pays.

Le moustique tigre n’est plus seulement un visiteur occasionnel. Dans un nouvel avis, le Conseil supérieur de la Santé (CSS) constate « l’établissement et la propagation croissants » d’Aedes albopictus en Belgique. Depuis le lancement du programme MEMO+, l’insecte a été détecté dans 40 communes. Sa capacité à passer l’hiver a été confirmée dans plusieurs localités, notamment à Ath, Kessel-Lo, Puurs-Sint-Amands, Wilrijk, Saint-Josse-ten-Noode, Wijnegem et Hoegaarden.
Les signalements confirmés augmentent également : douze observations dans neuf endroits en 2022, 27 dans 18 endroits en 2023 et 47 dans 21 localités en 2024. En 2025, 48 signalements ont été confirmés dans dix localités, dont cinq nouvelles.
Pas encore de transmission locale
Originaire d’Asie du Sud-Est, le moustique tigre peut transmettre les virus de la dengue, du chikungunya et du Zika. Aucun cas de transmission autochtone – c’est-à-dire contracté en Belgique – n’a été recensé jusqu’à présent. Le risque augmente néanmoins à mesure que le moustique s’installe.
Un voyageur revenant d’une région où circule l’un de ces virus peut en effet contaminer un moustique présent en Belgique, lequel pourrait ensuite transmettre la maladie à d’autres personnes. Des épisodes de dengue, de chikungunya et même de Zika transmis localement ont déjà été observés dans plusieurs pays européens.
Le réchauffement climatique devrait en outre prolonger la saison d’activité du moustique et favoriser sa multiplication. Selon une modélisation citée par le CSS, environ 83 % des zones urbaines européennes pourraient devenir climatiquement favorables au moustique tigre à l’avenir, contre 49 % au moment de l’étude.
Intervenir tôt coûte moins cher
Le CSS valide le plan flamand fondé sur six scénarios, allant de l’absence du moustique à l’apparition d’une épidémie locale. Il recommande que cette approche serve de référence à l’ensemble des Régions afin d’éviter le « patchwork » actuel et de garantir une réponse cohérente sur tout le territoire.
La priorité doit rester l’élimination des lieux de ponte, la surveillance et l’information du public. Dans les jardins et sur les balcons, les citoyens sont invités à vider, renouveler ou couvrir régulièrement les récipients contenant de l’eau stagnante : soucoupes, seaux, gouttières, bains pour oiseaux ou tonneaux d’eau de pluie. Les observations suspectes peuvent être signalées sur le site SurveillanceMoustique.be.
Le larvicide biologique Bti peut être employé de manière ciblée dans les récipients qui ne peuvent être supprimés. En revanche, le CSS déconseille l’utilisation routinière de la deltaméthrine, un insecticide toxique notamment pour les pollinisateurs et les organismes aquatiques. Son emploi devrait être réservé à des situations d’urgence, en particulier lorsqu’une transmission locale d’un virus est confirmée.
Une coordination nationale attendue
Le Conseil demande enfin une meilleure coordination entre médecins, laboratoires, épidémiologistes, entomologistes et autorités sanitaires. Les professionnels de santé doivent être capables d’identifier rapidement les infections importées, tandis que les données humaines et entomologiques doivent être partagées entre Régions.
Un premier projet de plan-cadre national doit être présenté à la Conférence interministérielle Environnement-Santé en décembre 2026. Pour le CSS, attendre que le moustique soit largement installé rendrait sa maîtrise beaucoup plus difficile et plus coûteuse : la prévention demeure donc l’option la plus efficace, mais aussi la plus économique.