Paludisme d’aéroport : ce moustique voyage à tire-d’ailes !
Le trafic aérien bat son plein durant ces mois d’été. Un phénomène peu décrit vient d'être signalé : le « paludisme d’aéroport » (Airport Malaria) (Aviation Direct, 2026). Quatre membres du personnel de l’aéroport de Francfort ont contracté le paludisme.
En 2019, deux employés (des agents de maintenance) y avaient déjà été atteints de cette maladie (Wieters et al., Euro Surveill., 2019). En 2022, toujours à Francfort, trois autres travailleurs (un chauffeur de bus, un cariste et un agent de sécurité) ont également été touchés par le paludisme (Kessel et al., Euro Surveill., 2023).
Le paludisme d’aéroport est une forme très rare de paludisme autochtone dans laquelle une personne est infectée à la suite de la piqûre d’un moustique Anopheles infecté, transporté par avion depuis une région d’endémie palustre.
Le diagnostic est particulièrement difficile car le patient ne présente aucun antécédent de voyage. En présence d’une forte fièvre d’origine inconnue (FUO), le paludisme doit toujours être inclus dans le diagnostic différentiel. En effet, un diagnostic tardif peut entraîner une infection sévère, voire fatale, à Plasmodium falciparum. Un diagnostic rapide est donc essentiel : « Pensez au paludisme ! » (Think malaria).
Zaventem
Le premier cas de « paludisme d’aéroport » (paludisme aéroporté) a été décrit en France en 1969 (Giacomini et al., Bull. Soc. Pathol. Exot., 1977). La France était pourtant exempte de paludisme depuis 1947 (Balzli et al., New Microbes and New Infections, 2025). La Tunisie, déclarée indemne de paludisme depuis 1979, a également rapporté quatre cas autochtones sans lien professionnel en 2013 (Siala et al., Malaria Journal, 2015). En dehors de l’Europe, des cas ont aussi été décrits en Algérie et aux États-Unis (Hammadi et al., Bull. Soc. Pathol. Exot., 2009 ; Zucker, Emerg. Infect. Dis., 1996).
"Le diagnostic est particulièrement difficile car le patient ne présente aucun antécédent de voyage."
- Dr Wim Van Hooste
Entre 1969 et 2022, 115 cas européens de paludisme d’aéroport ont été rapportés (Balzli et al., 2025). La majorité des infections ont été enregistrées en Belgique, en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne et en Suisse. En 1994, six cas ont été identifiés à l’aéroport de Roissy, près de Paris (Giacomini et al., Bull. Acad. Méd., 1995). La Belgique présente un risque particulier en raison de l’intensité du trafic aérien entre l’aéroport de Bruxelles-Zaventem et l’Afrique subsaharienne.
En 1982, deux cas ont été rapportés chez deux frères vivant à proximité de la zone de fret de l’aéroport de Zaventem (Holvoet, The Lancet, 1982). En 1983, un bagagiste a contracté le paludisme (Isaäcson, Bull. World Health Organ., 1989). En 1986, six agents des douanes ont été touchés par la maladie. En 1995, un foyer de six cas belges, dont trois concernaient des employés de l’aéroport, a été décrit (Van den Ende, Acta Clin. Belg., 1998). Un agent de sécurité est décédé, le diagnostic n’ayant été posé qu’en post-mortem. Enfin, deux cas mortels de paludisme d’aéroport ont été rapportés en Belgique en 2020 (Van Bortel et al., Euro Surveill., 2022).
Une tendance à la hausse
Des espèces exotiques de moustiques et des cas de paludisme sont régulièrement détectés dans plusieurs grands aéroports européens, notamment à Roissy-Charles-de-Gaulle (Paris), Schiphol (Amsterdam), Bruxelles-Zaventem et Zurich-Kloten (Holvoet et al., 1982 ; Ibañez-Justicia et al., Int. J. Environ. Res. Public Health, 2020).
Le nombre de cas de paludisme d’aéroport est en augmentation, probablement en raison des changements climatiques et de l’augmentation du nombre de vols directs (Alenou & Etang, Microorganisms, 2021 ; Kessel et al., 2024 ; Hallmaier-Wacker et al., Euro Surveill., 2024). Le risque est le plus élevé durant les mois d’été, approximativement de mai à octobre (Van Bortel et al., 2022 ; Kessel et al., Euro Surveill., 2023).
Une sensibilisation accrue du corps médical est indispensable. De même, l’information et la formation du personnel aéroportuaire par des spécialistes des maladies infectieuses revêtent une importance majeure (Balzli et al., 2025).
Le paludisme d’aéroport demeure une forme rare de paludisme, dont le diagnostic est souvent difficile. Ce retard diagnostique se traduit fréquemment par une prise en charge tardive et, par conséquent, un pronostic moins favorable. Il est probable que le paludisme soit observé plus fréquemment en Europe dans les années à venir, sous l’effet conjugué du réchauffement climatique et de l’intensification des voyages transcontinentaux.
"Le diagnostic est particulièrement difficile car le patient ne présente aucun antécédent de voyage."