Institutions internationales

Plus de 10.000 attaques contre les soins : l’OMS dénonce "une impunité totale"

Depuis 2018, l’Organisation mondiale de la santé a vérifié plus de 10.400 attaques contre des établissements, des professionnels ou des moyens de santé dans 29 pays et territoires. Elles ont fait environ 5.700 morts et 8.500 blessés. Pourtant, aucun de ces incidents n’aurait encore débouché sur une procédure visant à établir les responsabilités, a dénoncé l’OMS lors d’un point presse de l’ONU organisé à Genève vendredi dernier.

La Rédaction - 17 août 2026

Hopital ukrainien
Le personnel médical évacue le matériel encore utilisable de la salle d’opération du bâtiment détruit de l’hôpital pour enfants Okhmatdyt, au lendemain d’une frappe de missile à Kyiv, le 9 juillet 2024, sur fond d’invasion russe de l’Ukraine.

Plus de quatre attaques contre les soins surviennent désormais chaque jour dans les zones de conflit. Entre janvier et août 2026, l’Organisation mondiale de la santé en a recensé 914, qui ont provoqué au moins 911 morts et 1.486 blessés.

Altaf Musani, directeur de la gestion humanitaire et des catastrophes à l’OMS, a présenté ces chiffres devant la presse à Genève. L’Ukraine, le Liban et le territoire palestinien occupé concentrent la majorité des incidents enregistrés cette année. D’autres attaques ont été vérifiées en Birmanie, en Iran, au Soudan, en République démocratique du Congo, au Soudan du Sud, en Russie, en Syrie et au Nigeria.

Des attaques aux formes multiples

Les armes lourdes constituent le premier moyen utilisé. Mais l’OMS ne limite pas sa définition aux bombardements ou à la destruction directe d’un hôpital. L’obstruction de l’accès aux soins, les violences psychologiques, l’enlèvement et la détention de patients ou de professionnels entrent également dans son système de surveillance.

Depuis le début de 2026, 44 incidents ont impliqué l’arrestation, l’enlèvement ou la détention de soignants et de patients. Au moins 94 professionnels de la santé ont directement été concernés.

Ces données ne décrivent toutefois qu’une partie des conséquences. Lorsqu’un établissement est frappé, les effets se prolongent bien après l’attaque. Des patients renoncent à consulter, des ambulances ne peuvent plus transporter les malades, des soignants cessent de travailler et les médicaments n’arrivent plus à destination. La peur peut également détourner durablement une population du système de santé.

Une étude consacrée à 69 attaques dans le nord-ouest de la Syrie montre ainsi que le nombre de consultations ambulatoires chutait de 51 % dès le lendemain. Cette baisse restait perceptible jusqu’à 37 jours après l’événement. L’attaque d’un établissement compromet donc les soins de milliers de personnes qui ne se trouvaient pas nécessairement sur place.

Des systèmes de santé paralysés

Au Soudan, 37 % des structures sanitaires étaient considérées comme non fonctionnelles en 2026. Dans la bande de Gaza, les 36 hôpitaux ont été endommagés et seule la moitié fonctionne encore partiellement, selon les données présentées par l’OMS. Le réseau de soins primaires a lui aussi été gravement atteint.

En Ukraine, l’organisation a vérifié plus de 3.100 attaques depuis le début de l’invasion russe. Elles ont visé des hôpitaux, mais également des ambulances, des entrepôts et des chaînes d’approvisionnement. Quelque 156 attaques ont déjà été recensées en 2026. Un entrepôt de l’OMS situé à Dnipro a encore été touché au début du mois d’août, ce qui a réduit la capacité de l’organisation à ravitailler les établissements proches du front.

Les attaques peuvent aussi compromettre la lutte contre les épidémies. En République démocratique du Congo, douze incidents ont été vérifiés depuis la déclaration, en mai, de l’épidémie d’Ebola causée par le virus Bundibugyo. Ils ont perturbé la surveillance, les enquêtes sur les cas, le suivi des contacts, les traitements et le travail d’information auprès des communautés. L’insécurité augmente ainsi le risque de laisser circuler le virus sans le détecter.

Aucun cas soumis à une procédure de responsabilité

Le constat le plus sévère formulé par Altaf Musani concerne l’absence de suites judiciaires. Parmi les quelque 10.400 attaques vérifiées depuis 2018, aucune n’aurait été intégrée à un mécanisme visant à établir les responsabilités.

L’OMS reconnaît ne disposer ni du mandat ni de l’expertise nécessaires pour poursuivre les auteurs. Son rôle consiste à recueillir et vérifier les données, à documenter les conséquences, à coordonner la réponse et à défendre la protection de la mission médicale. Les établissements, les transports sanitaires, les patients et les professionnels de santé bénéficient pourtant de la protection du droit international humanitaire et des Conventions de Genève. Des poursuites pourraient donc être engagées aux niveaux national ou international.

Pour l’OMS, il ne suffit plus de compter les bâtiments endommagés. Il faut également mesurer les consultations annulées, les opérations reportées, les traitements interrompus et les patients restés sans assistance. Derrière chaque établissement frappé se trouve un service perdu et, derrière ce service, une population privée de soins.

Écrit par La Rédaction17 août 2026
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