Les études cliniques doivent inclure davantage de personnes âgées vulnérables
La recherche se concentre encore trop souvent sur les seniors en bonne santé
Les études cliniques portent encore trop souvent sur des personnes âgées en bonne santé, alors que les médecins soignent de plus en plus de patients vulnérables de plus de 65 ans, aux besoins complexes. Ce décalage entre la recherche et la pratique complique le choix du traitement adéquat, soulignent des chercheurs dans un article publié dans The Lancet.
« Aujourd’hui, ce sont surtout des personnes âgées en bonne santé qui participent aux études cliniques », explique le Pr Hans Wildiers, oncologue médical à l’UZ Leuven et premier auteur de l’article. « Nous savons donc trop peu quels traitements conviennent le mieux aux patients âgés vulnérables, alors que c’est précisément pour eux que les choix sont souvent les plus difficiles. »
Un « tsunami argenté »
Les médecins parlent parfois de « tsunami argenté » pour décrire la forte augmentation du nombre de patients âgés. Ceux-ci présentent souvent des besoins complexes, plusieurs pathologies concomitantes, prennent de nombreux médicaments et nécessitent davantage d’aide.
Or, les études cliniques ne reflètent pas encore toujours cette réalité, constatent les auteurs.
« Afin de mesurer aussi précisément que possible l’efficacité et la sécurité d’un traitement, les études imposent des critères de participation stricts. Elles recrutent donc surtout des personnes âgées relativement en forme, tandis que les patients moins robustes ou vulnérables restent plus souvent à l’écart de la recherche. »
Il n’est dès lors pas toujours possible de savoir si les résultats des études s’appliquent aux patients âgés que les médecins rencontrent dans leur pratique quotidienne. « Certains reçoivent ainsi un traitement inutilement lourd, tandis que d’autres, par excès de prudence, sont privés d’un traitement potentiellement bénéfique. »
Des exemples inspirants
L’équipe a rassemblé des exemples internationaux d’études menées notamment en oncologie, cardiologie, neurologie, orthopédie et endocrinologie. Certaines incluent délibérément des patients vulnérables. D’autres adaptent leur protocole, par exemple en prévoyant une dose initiale plus faible, un accompagnement renforcé ou des contrôles moins contraignants, réalisés à domicile ou à distance.
Les auteurs veulent ainsi offrir aux chercheurs une source d’inspiration pour mieux adapter les études aux patients âgés, sans compromettre leur qualité scientifique ni leur sécurité.
Vivre mieux, pas seulement plus longtemps
Les chercheurs insistent également sur la nécessité de mesurer ce qui compte réellement pour les patients âgés. « La survie, le contrôle de la maladie et les effets indésirables restent des critères importants, mais ils ne disent pas tout. Pour de nombreux patients âgés, il importe aussi de pouvoir continuer à vivre de manière autonome, à accomplir leurs activités quotidiennes et à préserver une bonne qualité de vie. »
Un traitement peut donc être médicalement efficace, mais trop lourd au quotidien. À l’UZ Leuven, une équipe multidisciplinaire réalise dès lors une évaluation gériatrique systématique dans le cadre d’un programme d’oncologie gériatrique.
Les médecins ne tiennent pas seulement compte de la tumeur, mais aussi de la santé physique et mentale du patient. La mobilité, la mémoire, les médicaments pris et le soutien disponible contribuent notamment à déterminer quel traitement est à la fois réalisable et pertinent, précise l’hôpital.
Wildiers H, Hamaker M, Mooijaart S et al., Advancing the relevance of clinical trials for older patients.
The Lancet, 2026; 408, 558-571