Commission européenne
Prévention cardiovasculaire : l’Europe veut systématiser les bilans de risque
La Commission européenne franchit une nouvelle étape dans son plan pour la santé cardiovasculaire. Sa proposition de recommandation sur les bilans cardiovasculaires, publiée ce 28 septembre, prévoit un dépistage structuré selon l’âge et le niveau de risque, depuis l’adulte jeune jusqu’aux plus de 65 ans.
Pour les médecins généralistes et les cardiologues, elle élargit surtout le périmètre de l’évaluation préventive, avec une place accrue pour la Lp(a), la fonction rénale et, chez les patients âgés, la fibrillation atriale et les peptides natriurétiques.
Un premier bilan avant 35 ans
Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de décès dans l’Union européenne, avec 1,7 million de morts chaque année. Elles touchent quelque 62 millions de personnes et représentent un coût supérieur à 282 milliards d’euros par an.
La Commission estime qu’environ 80% des maladies cardiovasculaires pourraient être évitées en agissant notamment sur l’hypertension, le cholestérol, l’hyperglycémie et l’obésité. L’objectif du Safe Hearts Plan est de réduire de 25% la mortalité cardiovasculaire prématurée d’ici 2035.
La nouveauté réside dans la volonté de systématiser davantage la détection précoce. Pour les moins de 35 ans, la Commission préconise au moins un bilan cardiovasculaire. Celui-ci comprendrait l’évaluation des comportements de santé et des facteurs de risque biologiques, dont la pression artérielle, la glycémie, la fonction rénale et l’IMC.
L’évaluation pourrait également intégrer la fonction respiratoire en présence d’une dyspnée, la santé mentale et, lorsque cela est pertinent, les antécédents reproductifs. En cas d’antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire prématurée ou de mort subite, le bilan devrait être individualisé en fonction du contexte clinique.
De 35 à 64 ans, un contrôle au moins tous les cinq ans
Entre 35 et 64 ans, la Commission propose un bilan systématique au minimum tous les cinq ans, avec une fréquence adaptée au profil de risque et en allant au-delà de la seule mesure de la pression artérielle et du cholestérol.
L’anamnèse devrait notamment explorer les antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire prématurée, l’alimentation, l’activité physique, le tabagisme, le vapotage / l’utilisation de produits nicotiniques sans fumée et la consommation d’alcool. La santé reproductive et mentale figure également parmi les éléments à prendre en compte.
Sur le plan biologique, la Commission recommande la mesure de la pression artérielle, un profil lipidique comprenant cholestérol total, LDL, HDL et triglycérides et un dosage de la lipoprotéine(a) au moins une fois à l’âge adulte. Glycémie à jeun et HbA1c font également partie du bilan proposé. La santé rénale est intégrée à l’évaluation, avec créatinine sérique et albuminurie. S’y ajoutent l’IMC et le tour de taille ou le rapport taille/tour de taille. Un ECG est prévu lorsqu’il est indiqué.
Après 65 ans, rechercher aussi la FA et l'IC
À partir de 65 ans, la fréquence proposée passe à un contrôle tous les trois à cinq ans. Aux éléments précédents s’ajoutent notamment un ECG, une évaluation du pouls destinée à détecter ou exclure une fibrillation atriale et le dosage du NT-proBNP. Objectif: un dépistage plus structuré des pathologies cardiovasculaires susceptibles de rester silencieuses.
Ces bilans doivent toutefois rester ciblés et fondés sur les données probantes. La Commission demande aux États membres de les adapter à leurs systèmes de santé et aux profils de risque de leur population, tout en veillant à leur accessibilité, notamment pour les groupes à haut risque et les populations vulnérables. Elle souhaite également que les personnes identifiées comme à risque bénéficient d’une prévention personnalisée et, lorsqu’elle est indiquée, de conseils en matière de vaccination.
Cette approche s’inscrit dans le Safe Hearts Plan, qui repose sur trois axes : prévention, détection et dépistage précoces, puis traitement et soins, y compris la réadaptation. Parmi ses dix initiatives figurent également un programme de prévention personnalisé et numérique tout au long de la vie, une recommandation sur le traitement et le suivi personnalisés, ainsi que l’intégration de l’intelligence artificielle et des technologies numériques dans les soins cardiovasculaires.
Pour la pratique clinique, le changement le plus immédiat se répercute au cabinet : identifier plus tôt le risque cardiovasculaire et élargir les paramètres utilisés pour le documenter.