Oncologie

SpectaCell lève six millions d’euros pour accélérer l’accès des patients à de meilleurs médicaments

SpectaCell, première spin-off issue d’une collaboration entre l’imec, le VIB et l’Université de Gand (UGent), démarre officiellement ses activités avec un capital d’amorçage de six millions d’euros. L’entreprise gantoise développe une plateforme d’analyse cellulaire qui permettra aux sociétés biopharmaceutiques de mieux évaluer les candidats-médicaments prometteurs et de décider plus rapidement lesquels poursuivre en développement.

La rédaction - 9 octobre 2026

spectacell
L’équipe fondatrice est composée de Mathieu Rabaey, Veronique De Vroey, Jan Van de Velde et Tony Montoye.

Alors que les méthodes d’analyse existantes peuvent prendre plusieurs jours, la plateforme de SpectaCell vise à déterminer, en quelques heures, l’effet d’un candidat-médicament sur des cellules individuelles. L’objectif : accélérer l’accès des patients à de meilleurs traitements, notamment contre le cancer et les maladies du système immunitaire.

« Les médicaments les plus récents peuvent sauver des vies, mais ils ne profitent encore qu’à trop peu de patients », explique Tony Montoye, PDG et cofondateur de SpectaCell. « En comprenant mieux l’effet d’un candidat-médicament sur chaque cellule, les chercheurs peuvent l’améliorer de manière plus ciblée et décider plus tôt des pistes à privilégier. Avec nos partenaires de l’industrie pharmaceutique, nous construisons une plateforme facile à utiliser qui accompagne ces choix, de la recherche au contrôle qualité pendant la production. Nous réduisons ainsi les délais et les coûts pour mettre plus rapidement de meilleurs traitements sur le marché. »

L’expertise flamande au service d’une croissance internationale

SpectaCell associe la technologie des puces de l’imec à l’expertise biologique du VIB ainsi qu’aux connaissances scientifiques et cliniques de l’UGent et de l’hôpital universitaire de Gand (UZ Gent). Des années de recherche trouvent ainsi un prolongement entrepreneurial, avec des applications destinées à l’industrie pharmaceutique mondiale.

« Lorsque nous associons une expertise de pointe en recherche fondamentale à des plateformes technologiques avancées et à l’esprit d’entreprise, nous faisons émerger des innovations susceptibles d’avoir un impact mondial », déclare Jérôme Van Biervliet, directeur général du VIB. « Le fait que cette première spin-off commune au VIB, à l’imec et à l’UGent se concentre sur l’un des domaines les plus prometteurs de la médecine constitue pour nous une étape particulièrement importante. »

« Cette spin-off démontre la force de la collaboration entre différents pôles d’innovation flamands », ajoute Patrick Vandenameele, PDG de l’imec. « En combinant les connaissances technologiques de l’imec, l’expertise biologique du VIB et l’expérience clinique de l’UZ Gent, nous créons un environnement unique dans lequel de nouvelles applications peuvent bénéficier plus rapidement aux patients. SpectaCell illustre parfaitement comment une recherche de pointe peut générer des retombées concrètes pour la société. »

Observer directement l’effet d’un traitement sur les cellules

SpectaCell se concentre sur les nouvelles immunothérapies, notamment les thérapies cellulaires et les agents ciblant les lymphocytes T, qui aident les cellules immunitaires à reconnaître et à attaquer les cellules cancéreuses. Pour ces traitements, il est essentiel de vérifier s’ils produisent l’effet recherché, comme la destruction des cellules cancéreuses.

Les tests actuels ne mesurent que des signaux indirects ou donnent une image moyenne de ce qui se passe dans un échantillon. La technologie de SpectaCell combine l’imagerie sur puce et l’analyse de données pour suivre en détail un grand nombre de cellules individuelles et leurs interactions. Elle révèle ainsi des différences individuelles qu’une moyenne ne permet pas de percevoir. La plateforme vise à réaliser ces mesures simplement et rapidement, avec des résultats en quelques heures plutôt qu’en plusieurs jours.

« Davantage de personnes doivent avoir accès à l’immunothérapie »

SpectaCell peut suivre des milliers de cellules simultanément tout en étudiant chacune d’entre elles séparément. L’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle recherchent des schémas de comportement dans cette grande quantité d’images. Ils peuvent ainsi montrer qu’un traitement fonctionne bien sur un groupe de cellules immunitaires, tandis que d’autres populations cellulaires réagissent beaucoup moins.

« La valeur ajoutée pour les entreprises pharmaceutiques, c’est de pouvoir étudier simultanément toute une population de cellules, et pas seulement quelques-unes », souligne Tony Montoye. Le PDG se montre résolument optimiste quant au potentiel de ces traitements. « Même pour moi qui suis biologiste, les immunothérapies ont quelque chose de magique. Je pense que beaucoup plus de personnes devraient y avoir accès. »

Pour y parvenir, plusieurs obstacles restent à surmonter, notamment mieux connaître les traitements et rendre leur production plus efficace. « Nous pouvons jouer un rôle sur ces deux plans. »

Selon Tony Montoye, les progrès technologiques de ces dernières années rendent aujourd’hui un tel système possible. Les puces sont désormais suffisamment perfectionnées pour effectuer des mesures à l’échelle de chaque cellule. La puissance de calcul disponible permet, quant à elle, de traiter rapidement l’énorme quantité de données. « Ce n’était pas possible il y a quelques années », précise-t-il.

SpectaCell met également en avant un avantage important par rapport aux systèmes existants : sa technologie fonctionne sans marquage, ou «label-free ». Les cellules ne doivent donc pas être préalablement traitées avec des colorants fluorescents, ce qui devrait simplifier l’analyse et en réduire le coût. « Vous rassemblez les cellules, vous les placez sur notre système et vous pouvez commencer les mesures. »

Le prix final de l’appareil reste à déterminer. Selon Tony Montoye, les instruments comparables coûtent aujourd’hui entre 200 000 euros et un million d’euros. « Nous sommes toutefois assez certains de pouvoir le fabriquer pour nettement moins cher. »

Une plateforme unique pour un vaste marché mondial

La même technologie doit pouvoir servir à sélectionner les candidats-médicaments, à améliorer les procédés de production et à assurer le contrôle qualité lors de la production quotidienne. Grâce à une méthode de mesure unique, les développeurs de médicaments pourront plus facilement comparer les résultats et les exploiter, de la recherche à la production.

Cette approche ouvre la voie à une réduction des coûts de développement et de production. Elle devrait également accélérer le partage des connaissances entre les équipes, les médicaments et les programmes de recherche. SpectaCell entend ainsi répondre à un besoin récurrent des entreprises pharmaceutiques, des sociétés de biotechnologie et des fabricants spécialisés du monde entier.

« Ce qui nous attire, c’est la combinaison d’une technologie de puces de pointe, d’une équipe expérimentée et d’un fort potentiel commercial », explique Benoit Devogelaere, associé chez imec.xpand. « SpectaCell développe une plateforme qui pourrait s’imposer durablement dans le développement et la production de nombreux nouveaux médicaments. Nous y voyons l’occasion de bâtir, à partir de la Flandre et des Pays-Bas, une entreprise de premier plan à l’échelle internationale. »

Les investisseurs flamands et néerlandais apportent leur expérience dans les biotechnologies et les technologies de pointe, ainsi qu’un accès à des réseaux dynamiques de chercheurs et d’entreprises dans les deux pays. Les fondateurs — Tony Montoye, Mathieu Rabaey, Jan Van de Velde et Veronique De Vroey — ont précédemment occupé des postes de direction, notamment au VIB, chez Unchained Labs, CellCarta, Comate, Biocartis, Johnson & Johnson, Tibotec-Virco et Galapagos.

Ce tour de table international a été mené par imec.xpand, avec la participation du Flanders Future Tech Fund de PMV, d’InnovationQuarter Capital, de Qbic et du VIB. Ces fonds permettront à SpectaCell de poursuivre le développement de sa plateforme en collaboration avec des entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques, en vue de sa commercialisation.

Gand accueillera le siège des activités de recherche et développement. Un laboratoire est également prévu à Leyde, aux Pays-Bas. L’entreprise souhaite recruter entre treize et quinze personnes au cours des deux prochaines années.

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