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L'ABC de l'hépatite E reste énigmatique

Au cours de l'hiver 1955-1956, la ville indienne de New Delhi a connu une vague de jaunisse après une inondation majeure. Au début, on pensait avoir affaire à une hépatite A... Mais en réalité, il s'agissait d'une infection provoquée par un virus encore inconnu jusque-là, avant qu'on ne qualifie l'infection d'hépatite de type E. Une infection qui débarque également chez nous, comme l'évoquent les conclusions du workshop 2009 du VHPB, qui s'est tenu à l'Université d'Anvers.

Le virus de l'hépatite E (VHE) est un virus à ARN qui a été séquencé en 1990. Des cinq génotypes identifiés, c'est surtout le 3 - le moins virulent - qui est rencontré en Europe, tandis que les 1 et 2 le sont surtout dans les pays en voie de développement (voir figure 1). Les génotypes 1 à 4 correspondent à un seul sérotype, ce qui implique qu'un vaccin dirigé contre l'un d'entre eux offrira probablement une protection croisée contre les trois autres.

Semblables - mais pas tout à fait

Si l'hépatite E est très endémique dans les régions (sub)tropicales, elle est plutôt sporadique dans les pays industrialisés. La plupart des cas observés dans nos régions ont été importés à l'occasion d'un voyage dans une région à forte endémie, mais il arrive que des cas surviennent sans aucune relation connue avec un voyage. Au sein de la population indienne, environ 53 % des cas d'hépatite aiguë sont dus au VHE, pour 22 % en Afrique et environ 7 % en Europe.

La femme enceinte en point de mire

Le décours d'une hépatite E peut se faire selon un mode asymptomatique ou symptomatique - voire fulminant -, probablement en fonction des différences individuelles d'activité du système immunitaire. Les symptômes rencontrés au cours de la phase aiguë sont l'hépatomégalie, l'ictère et la coloration foncée des urines. La très grande quantité de particules virales dans les selles des personnes infectées laisse suppose que le virus attaque une grande variété de types de cellules, ce qui entraîne une réplication à grande échelle. Ici encore, on observe une différence surprenante par rapport à l'hépatite A : les femmes enceintes sont particulièrement sensibles à l'hépatite E. Elles développent plus souvent une forme fulminante que les femmes non-enceintes, avec une mortalité plus élevée à la clé (20 %). On a par ailleurs pu montrer, sur des animaux de laboratoire, que le degré de sévérité de l'infection était corrélé à la quantité de virus introduits dans l'organisme, ce qui n'est pas le cas pour l'hépatite A.

Un réservoir chez les porcs

Des auteurs ont cherché une explication aux cas d'hépatite E non-associés à un voyage dans un pays à forte endémie. Différents arguments font suspecter que l'infection pourrait également trouver son origine chez le porc ou les sangliers. Le génotype 3 se rencontre très souvent chez le porc, qui est infecté à un jeune âge et sans symptomatologie. L'injection de virus de génotype 3 prélevés chez des patients infectés peut également provoquer une infection chez cet animal. Inversement, les virus de génotype 3 peuvent provoquer une infection chez le singe. Une étude a montré qu'en Europe, plus de la moitié des élevages porcins étaient infectés par le VHE ; en moyenne, on y trouve 32 % d'échantillons positifs. De plus, des anticorps spécifiques ont été également trouvé chez d'autres mammifères comme les rats, les chats, les moutons, les chèvres etc, qui pourraient donc également jouer un rôle complémentaire de réservoir. La séroprévalence est d'ailleurs plus élevée chez les vétérinaires que dans des groupes contrôle constitués de médecins généralistes, notamment. Cependant, malgré toutes ces données inquiétantes, aucune preuve n'a jusqu'ici été trouvée d'une transmission directe de l'animal (porc y compris) à l'homme.

Encore loin d'un vaccin définitif

Si on a pu démontrer que l'efficacité et la sécurité d'une vaccination contre l'hépatite E était possible, le développement réel d'un tel vaccin reste difficile. Le manque de données épidémiologiques ne permet actuellement pas de conclure dans l'intérêt ou non d'une vaccination dans le monde occidental. Une des priorités du moment consiste à développer un kit diagnostique standardisé. Plusieurs pays en voie de développement et à forte endémie sont proches de la mise à disposition d'un vaccin, mais il est probable qu'il ne réponde pas entièrement aux normes de sécurité qui ont cours chez nous. Pour des pays aux forts débouchés internes, comme la Chine ou l'Inde, l'exportation de ces vaccins n'est pas un but en soi. Enfin, signalons qu'un tel vaccin est également à l'étude en Belgique.Cet article se base sur une interview de Greet Hendrickx (membre du secrétariat scientifique du Viral Hepatitis Prevention Board) et du professeur Pierre Van Damme (Institut des vaccins et des maladies infectieuses, Université d'Anvers).

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