La téléconsultation comme plan B
Après quatre ans de guerre, l'accès aux soins est de plus en plus compromis en Ukraine
Entre infrastructures endommagées, longue distance à parcourir, pénurie de personnel médical et coupures de courant, l'accès aux soins est devenu très compliqué en Ukraine, où les combats font rage depuis quatre ans, constate mardi un rapport de l'organisation humanitaire Médecins du Monde.
Le rapport, menée dans les régions ukrainiennes de Dnipro, Kharkiv, Kherson, Mykolaïv et Zaporijia particulièrement touchées par la guerre, pointe le problème de l'exclusion géographique des patients. "Le principal obstacle n'est pas l'absence de structures de soins, mais leur inaccessibilité", observe Médecins du Monde. "Dans les zones de la ligne de front, les patients doivent souvent parcourir des dizaines de kilomètres pour une consultation, sur des routes dangereuses et avec des transports devenus inabordables", décrit-elle.
Les coûts élevés des médicaments, des examens et du transport représentent, selon l'organisation, "l'une des barrières majeures" pour les personnes dans le besoin, même si un système national de remboursement existe. "Ces obstacles entraînent un report des soins et fragilisent le système de référencement, en particulier pour les maladies chroniques et les soins spécialisés. Pour les personnes âgées et les personnes handicapées - les plus vulnérables, ces barrières provoquent des interruptions dangereuses des traitements de longue durée", déplore l'organisation.
Avec la guerre, beaucoup de médicaments et autres fournitures médicales sont par ailleurs inaccessibles, ce qui "compromet la continuité des soins et augmente le risque de complications évitables", soulève encore Médecins du Monde.
Pénurie de personnel soignant
Le pays fait également face à une pénurie de personnel soignant. "Dans les zones rurales et près du front, jusqu'à 50% des postes médicaux sont en manque de personnel. De plus, dans plusieurs régions, une grande partie des médecins actifs a plus de 60 ans. On observe un burn-out généralisé et un épuisement émotionnel parmi le personnel soignant, sans qu'aucun système de soutien ne soit en place pour ces personnes".
Depuis le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine le 24 février 2022, la Russie mène des attaques récurrentes contre les infrastructures de santé ukrainiennes. "Entre 2024 et 2026, plus de 1.600 attaques ont visé les infrastructures de santé (hôpitaux, ambulances et centres médicaux) et plus de 400 soignants ont été touchés", dénombre l'organisation. "Conjuguées à la destruction du réseau énergétique, ces attaques rendent les soins de base de plus en plus difficiles en pratique", conclut-elle.
Téléconsultation
Face à ces constats, Médecins du Monde a changé son fusil d'épaule et intervient désormais directement auprès de la population grâce à des équipes médicales mobiles et des téléconsultations.
Outre l'aide médicale directe et le soutien psychosocial, Médecins du Monde se concentre sur le renforcement structurel du système de santé ukrainien par le don d'équipement, la rénovation de cliniques et la formation du personnel local pour lutter contre le burn-out.