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Des exemples à l'étranger

Le pharmacien peut-il prescrire des médicaments ?

En Belgique, les pharmaciens ne sont pas autorisés à prescrire des médicaments. Qu’en est-il dans d’autres pays ? Le Pharmacien a mené l’enquête à l’international.

voorschrift

Les pharmaciens jouissent d’une énorme confiance auprès des patients. C’est ce qui ressort, une fois de plus, du baromètre des plus de 60 ans récemment publié par la Fondation Roi Baudouin. En cas d’indisponibilité du médecin généraliste, près de la moitié des plus de 60 ans accordent, pour les soins de routine et les conseils y afférents, leur plus grande confiance à leur pharmacien. Fait remarquable : le pharmacien obtient ainsi un score deux fois plus élevé que le médecin généraliste de garde ou le poste de garde de médecine générale.

La Fondation Roi Baudouin n’a pas étudié si la population est également favorable à l’octroi aux pharmaciens de la compétence de prescrire des médicaments. L’idée a toutefois été avancée lors de la réception du Nouvel An de BACHI, l’organisation faîtière belge qui regroupe des entreprises de l’industrie des médicaments sans ordonnance et des produits de santé. Il a été explicitement fait référence au constat que, dans certains autres pays occidentaux, il s’agit d’une pratique bien acceptée. Une bonne raison pour Le Pharmacien de jeter un oeil sur les pratiques au-delà de nos frontières.

Quatre modèles

Une première étape importante consiste à déterminer ce que l’on entend par « le pharmacien peut prescrire ». À grands traits, on distingue au niveau international quatre modèles.

Le premier modèle peut être décrit comme la « prescription indépendante » (independent prescribing). Le pharmacien établit lui-même l’indication dans le cadre de ses propres compétences et prescrit sous sa propre responsabilité.

Dans un deuxième modèle, le pharmacien prescrit dans le cadre d’un plan clinique ou au sein d’une équipe multidisciplinaire, souvent avec un médecin comme (co)diagnosticien ou responsable clinique (supplementary/collaborative prescribing).

Dans le troisième modèle, le pharmacien n’est autorisé à prescrire que pour certaines plaintes et/ou indications, souvent selon des algorithmes fixes et parfois seulement après un test. On parle alors de prescription fondée sur un protocole ou liée à une indication.

Le quatrième modèle est le plus restrictif. Dans ce modèle, le pharmacien peut poursuivre un traitement, assurer une transition en cas d’urgence ou établir des types limités d’ordonnances pour lui-même ou des membres de sa famille, pour une durée limitée ou une petite quantité.

Davantage de raisons

Lorsqu’un gouvernement décide d’autoriser les pharmaciens à prescrire, plusieurs raisons peuvent sous-tendre cette décision. L’une des principales est sans aucun doute l’accessibilité des soins. Les pharmacies sont facilement accessibles et disposent d’horaires d’ouverture étendus, ce qui permet aux patients d’être aidés plus rapidement, en particulier pour des plaintes mineures et des renouvellements d’ordonnance. Une deuxième raison souvent avancée est l’allègement de la charge de travail des médecins généralistes en transférant vers le pharmacien les renouvellements d’ordonnance, les infections simples ou la titration de médicaments déjà connus. Les médecins généralistes disposent ainsi de davantage de temps pour les soins plus complexes.

La maîtrise des coûts constitue un autre argument : moins de consultations (d’urgence), une meilleure coordination des traitements médicamenteux et moins de complications liées à un usage incorrect ou au non-respect de l’ordonnance. C’est également un moyen d’exploiter pleinement les connaissances du pharmacien. Les pharmaciens sont les spécialistes par excellence des médicaments. Des études montrent par exemple que des adaptations thérapeutiques réalisées par un pharmacien conduisent à un meilleur contrôle de la pression artérielle et du LDL.

Dans des cas très spécifiques, cette compétence est accordée aux pharmaciens afin de pallier d’éventuelles pénuries de soins. On pense notamment aux zones rurales isolées où il y a peu ou pas de médecins généralistes et où les pharmaciens peuvent combler cette lacune.

Le pays européen qui va le plus loin dans la possibilité offerte aux pharmaciens de prescrire est le Royaume-Uni.

Royaume-Uni

Le pays européen qui va le plus loin dans la possibilité offerte aux pharmaciens de prescrire est le Royaume-Uni. De l’autre côté de la Manche, on distingue à la fois le Pharmacist Independent Prescriber (PIP) et le Pharmacist Supplementary Prescriber (PSP). Un PIP peut prescrire de manière indépendante tous les médicaments pour toute affection relevant de ses compétences. Il existe toutefois quelques exceptions : la cocaïne, la dipipanone et la diamorphine utilisées dans le cadre d’un traitement de la dépendance, ainsi que les produits médicinaux à base de cannabis non autorisés. Le PSP n’est pas totalement autonome et ne peut prescrire des médicaments que dans le cadre d’un plan clinique établi conjointement avec un médecin ou un dentiste. Le PSP ne peut pas prescrire de médicaments vétérinaires ni de produits cosmétiques non chirurgicaux.

Le fait que le Royaume-Uni aille très loin en la matière n’est guère surprenant. La pression sur les médecins généralistes y est importante et, dans les régions rurales, il s’avère difficile d’attirer des médecins. Cette évolution s’inscrit également dans un plan plus global visant à organiser les soins de première ligne au sein d’équipes multidisciplinaires. Fait remarquable : depuis cette année, les pharmaciens sont considérés comme « prescripteurs » dès le premier jour suivant leur enregistrement.

Un pays souvent cité aux côtés du Royaume-Uni est la Pologne. Toutefois, on y va nettement moins loin qu’au Royaume-Uni. Les compétences restent limitées à la prescription de médicaments en cas d’urgence ou pour garantir la continuité des soins. Les pharmaciens polonais peuvent également prescrire des médicaments pour eux-mêmes et pour des membres de leur famille.

La France a opté pour une compétence limitée. Les pharmaciens peuvent y délivrer des antibiotiques sans ordonnance médicale en cas de cystite et d’angine. La Suisse applique un système de « délivrance simplifiée » pour certains médicaments soumis à prescription. Le Danemark travaille avec des « pharmaciens prescripteurs » qui doivent d’abord suivre une formation spécifique à cet effet. En pratique, il s’agit souvent de la (re)prescription de groupes délimités de médicaments.

Canada

En dehors de l’Europe, c’est d’abord vers le Canada que l’on se tourne. Ceux qui pensent que la Belgique est un pays complexe, avec une législation très différente selon les régions, ne connaissent probablement pas bien la situation canadienne. Il s’agit d’une véritable mosaïque où chaque province dispose de sa propre législation, y compris en matière de politique de santé.

La province qui va le plus loin est l’Alberta, qui travaille avec l’Additional Prescribing Authorization (APA). Un pharmacien titulaire d’une APA peut prescrire n’importe quel médicament, à l’exception des narcotiques et des benzodiazépines. Les pharmaciens sans APA ne peuvent initier un traitement qu’en cas d’urgence. Pour obtenir une APA, un pharmacien doit avoir de l’expérience en soins directs aux patients, attester d’une collaboration étroite avec d’autres prestataires de soins et disposer de compétences cliniques suffisantes.

La province du Saskatchewan mise sur le principe « collaborer, ne pas remplacer ». Les pharmaciens peuvent y prescrire dans certaines circonstances, mais les narcotiques et autres substances présentant un risque d’abus ou de dépendance sont exclus. Il n’est explicitement pas question que le pharmacien remplace le médecin, l’objectif est plutôt d’établir une relation de travail étroite entre le pharmacien, le médecin et le patient. Le médecin est dans tous les cas informé des médicaments prescrits par le pharmacien, et ceux-ci sont également enregistrés dans un système provincial.

États-Unis

Là où, au Canada, les provinces disposent de nombreuses compétences, c’est le cas des États aux États-Unis. Les États-Unis ne connaissent pas de compétence fédérale uniforme de prescription pour les pharmaciens : chaque État détermine lui-même ce qui est autorisé ou non. Dans la plupart des États, les pharmaciens ne peuvent pas prescrire de manière totalement autonome, mais peuvent adapter, initier ou interrompre une thérapie médicamenteuse dans le cadre d’accords préalablement établis avec des médecins ou des hôpitaux. Il s’agit souvent de maladies chroniques (diabète, hypertension, asthme et BPCO) ou de petits problèmes aigus (infection urinaire non compliquée chez la femme, infections cutanées limitées, rhinite allergique).

Une minorité d’États va plus loin et autorise, sous certaines conditions, les pharmaciens à initier eux-mêmes un traitement pour des indications clairement définies, telles que les vaccinations, les médicaments d’aide au sevrage tabagique et la contraception d’urgence. Un cas particulier est la Californie, où les pharmaciens peuvent également prescrire la PrEP/PEP à des patients vivant avec le VIH.

La Nouvelle-Zélande fonctionne avec un système très spécifique de « Pharmacist Prescriber ». Les pharmaciens prescripteurs travaillent au sein d’une équipe de soins multidisciplinaire. Ils ne sont pas les principaux diagnosticiens, mais peuvent, dans les limites de leur expertise et de leurs compétences, initier ou modifier un traitement pour des patients qui leur sont « confiés ». Selon un rapport de 2025, ces pharmaciens prescripteurs peuvent prescrire 1.722 médicaments différents.

Les pharmaciens autorisés à prescrire y voient une reconnaissance de leur expertise en pharmacothérapie et éprouvent une plus grande satisfaction professionnelle.

Des pharmaciens satisfaits, des médecins critiques

Il n’est pas surprenant que les pharmaciens, dans les pays où ils sont autorisés à prescrire - même de manière limitée -, soient très satisfaits du système. Ils y voient une reconnaissance de leur expertise en pharmacothérapie et ressentent une plus grande satisfaction professionnelle, puisqu’ils peuvent résoudre eux-mêmes des problèmes sans devoir les renvoyer à un médecin. Il existe toutefois, parfois, certaines inquiétudes. Cela implique une responsabilité supplémentaire. Qu’en est-il de la responsabilité juridique ? On craint qu’un conflit puisse surgir entre l’intérêt commercial et l’intérêt des soins. Pour éviter cela, les pharmaciens plaident en faveur d’une réglementation adéquate et transparente.

Du côté des médecins, les réactions sont plutôt mitigées. Une partie des médecins réagit positivement, à condition que la répartition des tâches entre médecin et pharmacien soit claire, que la communication se déroule bien et que le pharmacien ait bénéficié d’une formation complémentaire suffisante. Lorsque le système réduit la charge de travail et permet aux patients d’être pris en charge plus rapidement, les réactions sont également positives.

voorschriftUne autre partie des médecins réagit toutefois de manière extrêmement critique, et s’inquiète d’une fragmentation des soins. On craint qu’avec à la fois des médecins et des pharmaciens prescripteurs, une confusion puisse apparaître quant au diagnostic ou au choix thérapeutique. Les médecins critiques redoutent également que le système n’encourage un comportement de 'shopping' chez des patients sans médecin généraliste fixe.

Lorsqu’il existe une délimitation claire des indications, que l’échange d’informations devient obligatoire et que des protocoles communs sont élaborés, l’opposition s’atténue souvent rapidement. Des systèmes de rémunération qui encouragent la collaboration plutôt que la concurrence semblent également constituer un bon levier facilitateur.

Parfois, toutefois, les résistances ne peuvent être levées. C’est ce qui s’est produit au Brésil. Le pays sud-américain souhaitait également accorder davantage de compétences de prescription aux pharmaciens. Cette initiative a cependant été bloquée sur le plan juridique par des organisations médicales, qui estimaient que le diagnostic et la thérapie n’avaient pas leur place au comptoir d’une pharmacie.

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Écrit par Filip Ceulemans27 février 2026
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